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Quelques grands moments de solitude chez les pilotes

LCY BAE

Qui n’a pas été confronté dans sa vie à une situation désagréable que l’on appelle « subie », au cours de laquelle vous ne pouvez plus rien faire pour changer le cours des choses.  Il ne vous reste alors plus qu’à attendre, en espérant que cela se termine bien, dans un « grand moment de solitude ». Mais commençons par une définition :

Un moment de solitude chez un pilote, ce n’est pas un moment où il ronge son frein au sol en attendant d’aller voler, c’est un moment où il regrette d’être allé voler !

Ces moments, pendant lesquels nous aimerions être ailleurs, apparaissent dans des contextes très divers. Voici quelques exemples vécus :

  • Au cours du briefing avant le départ, l’examinateur après vous avoir attentivement écouté vous dit  : « Vous n’avez rien compris ».
  • Vous venez de passer votre contrôle, et vous savez que ce n’est pas aujourd’hui que la Patrouille de France vous ouvrira ses portes. Vous rangez vos affaires pendant que l’examinateur qui n’a pas dit un mot part vous attendre dans la salle de briefing.
  • L’équipage est au roulage, il s’apprête à décoller avec ses passagers lorsque le départ standardisé leur est donné. Impossible de trouver la fiche de départ dans la documentation.
  • Maintenant, c’est évident, vous avez beau être debout sur les freins, la fin de votre vol va se terminer au delà du bout de piste.
  • Votre élève, qui est parti pour sa première navigation en solo, tarde vraiment à rentrer… Finalement, il avait décidé de s’arrêter sur son terrain extérieur pour prendre tranquillement un café.

L’intensité de ces moments est donc variable, élargissons notre recherche à leur dimension temporelle, avec des moments de solitude qui peuvent être, très brefs, ou très longs. Commençons par quelques moment brefs.

  • Vous êtes en train de rebondir sur la piste et vous savez que votre machine, dont la trajectoire est maintenant à son apogée, va venir s’aplatir comme une vieille crêpe sur le goudron (un moment très bref, mais très intense).
  • Vous arrivez en finale sur la piste 28 qui est en service, une fois alignée sur l’axe vous apercevez un gros chiffre 10 à l’entrée de la piste.

Voici d’autres moments au cours desquels le temps semble s’écouler au ralenti.  C’est dans ce genre de situations que vous vous posez la question suivante : « Mais pourquoi j’ai voulu apprendre à piloter ? »

  • Vous vous êtes fait piéger au-dessus de la couche, et pas moyen de trouver un trou pour redescendre.
  • Le bas niveau carburant clignote depuis un moment alors qu’il vous reste encore une bonne quinzaine de minutes pour rejoindre votre terrain.

spacelog03Nous pouvons étendre ces moments de solitude à des situations qui n’étaient pas complètement subies, mais la solitude était bien là.

  • Les pionniers de l’aviation devaient connaître plus souvent qu’aujourd’hui ces moments particuliers, comme Jean Mermoz qui s’est retrouvé posé avec son mécano au milieu des Andes avec son avion en panne, sans que personne ne puisse leur porter secours.
  • Mais nul n’est épargné, comme l’équipage de l’Air Transat 236 (Airbus A330) qui, en panne de carburant suite à une avarie, a effectué un vol de 20 mn sans moteurs avant de se poser (avec succès) sur une ile au milieu de l’Atlantique.
  •  » Houston on a eu un problème « . L’équipage d’Apollo 13 qui s’est retrouvé dans une espèce de grosse cocotte minute qui faisait des siennes au milieu de l’espace devait sans doute se sentir bien seul.

Un des plus importants moment de solitude est sans doute celui vécu par l’équipage d’un avion de ligne parti de Détroit à destination de Francfort.

  • Suite à une série complètement improbable de hasards malheureux, d’erreurs… les pilotes se sont posés à Bruxelles en croyant se poser à Francfort, leur destination.

Et vous ?

Bons vols

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2 Comments

  1. Sylvestre

    Mon ami Pierre B. m’a initié verbalement aux subtilités du renversement: « -Tu pars à la verticale et quand le badin est dans le coma tu bottes… ». J’ai moins de 100 heures de vol et mes camarades vélivoles parlent tous des figures qu’ils réalisent en douce pendant leurs vols solo: boucles, huit paresseux, renversements. La boucle me fait un peu peur, je sais faire les huit paresseux, alors je me dis que le renversement c’est pour moi. Me voilà proche du plafond dans mon fauconnet et je me lance. Prise de vitesse, montée à la verticale contrôlée en fixant le bout d’aile…badin comateux…heu c’est quoi comateux…alors j’attends et puis je botte avec un badin très comateux…et rien ne se passe. Du moins pendant une longue seconde, et tout d’un coup c’est parti, mais en marche arrière!!! Toute la poussière accumulée dans le planeur depuis des années remonte autour de moi et le planeur est toujours bien vertical. Et puis ça bascule enfin et je prends la poussière dans la figure. Je me récupère sors les aérofreins et retourne me poser avec les jambes qui tremblent jusqu’à ce que je sorte du planeur.

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  2. Maxime

    Ah la pression des copains!…
    La question que tout le monde se pose, Sylvestre, est de savoir ce que vous avez fait après?
    Ce moment de « solitude » vous a t il motivé à continuer le vol à voile et peut être apprendre la voltige planeur?
    Ou cela, dans le pire des cas, vous a fait racrocher votre bob? (mon bob de vélivole me manque d´ailleurs! :D)

    Personnellement (ayant appris le vol à voile sur ASK21), je me suis toujours limité à des huit paresseux jusqu´au jour d´avoir eu la chance de faire un stage voltige avec Daniel Serre au CNVV.
    Quelle expérience et quel apprentissage de l´humilité sur ses capacités de pilotage après ca!

    Bon vols en sécurité de Munich!

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