L’OACI rappelle que les équipages consacrent une grande partie de leur activité à maintenir les marges de sécurité. En formation et en contrôle, jusqu’à 70 % des actions d’un équipage peuvent relever de contre-mesures. Si vous ne virez pas au bon endroit, au bon moment, la menace apparait.
En vol, le pilote maintient un équilibre dynamique dans un environnement qui bouge. Il corrige la trajectoire, ajuste la vitesse, répond au contrôle, surveille la météo, anticipe la suite.
Un environnement qui impose son rythme
Le chef d’orchestre, c’est l’environnement. L’avion avec ses performances, ses inerties, ses automatismes, ses limites. Mais également la météo qui reste ce qu’elle est. Le relief qui ne se décale pas. Le trafic qui ne disparaît pas. Autant d’éléments qui imposent leurs propres rythmes.
Le pilote doit maintenir l’avion dans un monde en constante évolution. C’est précisément pour cela qu’une grande partie de son activité relève de contre-mesures (au sens large). Il ne suffit pas d’exécuter une tâche. Il faut la faire au bon moment : ni trop tôt, ni trop tard, ni trop, ni trop peu. Une correction tardive, excessive ou mal dosée ne réduit plus forcément l’écart. Elle peut l’entretenir, ou l’aggraver.
C’est pourquoi les livrets de progression contiennent des items comme : la disponibilité, l’attention dispersée, la hiérarchisation des tâches, la coordination. Derrière ces mots, il y a deux autres compétences clés : la vigilance et l’anticipation. La vigilance permet de voir l’écart. L’anticipation permet d’agir avant d’être en retard.
Garder le bon tempo
Être devant l’avion consiste à garder assez d’avance pour que les contre-mesures restent simples, disponibles et efficaces. Quand cette avance disparaît, l’équipage bascule dans la réaction. Il ne conduit plus vraiment la situation. Il la subit.
Kant opposait le magicien au danseur de corde. Le magicien impressionne par un truc. Une fois le truc connu, l’effet disparaît. Le danseur de corde, lui, ne tient pas par un truc. Il tient par un équilibre sans cesse reconstruit. À chaque pas, il doit corriger, ajuster, stabiliser.
Le pilotage relève de cette logique-là.
Piloter, ce n’est pas connaître le truc. C’est tenir l’équilibre.
Bons vols
Jean-Gabriel Charrier




