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Qui commande dans cette boite … crânienne ?

Qu’en est-il des quelques un et demi pour cent qui différencient notre génome de celui des grands singes ? Nous y avons perdu de ne plus savoir éplucher des cacahuètes avec nos pieds, mais il nous a permis de développer un néocortex dont nous sommes, légitimement fier. Il nous donne cette intelligence du raisonnement logique, la capacité du libre choix, et la création de langages sophistiqués qui nous particularisent, apparemment au moins, dans le monde des vivants.

Pour commencer regardez cette courte vidéo. C’est un pilote de chasse pendant un conflit qui va être touché par l’ennemi. Son moteur va s’arrêter et il va s’éjecter au dessus du territoire ennemi. Même si vous ne comprenez pas l’anglais écoutez le ton de sa voix jusqu’à son éjection. Cela doit vous rappeler un autre pilote du côté de New-York !

Lisez maintenant cet article et méditez le dernier paragraphe.

Contrairement aux idées reçues, notre système nerveux ne fonctionne pas comme une unité parfaitement homogène et disciplinée sous la direction centralisée de notre cortex. Dès les années 50, le directeur du « Laboratory of Brain Evolution and Behaviour » dans le Maryland, a mis en évidence que notre cerveau s’est développé progressivement au cours de l’évolution des espèces en trois parties, fonctionnant comme trois ordinateurs connectés, mais ayant leurs caractéristiques propres. Pour pousser plus loin l’analogie et mettre dès à présent le doigt sur le problème, le premier fonctionne sous Windows 3-1, le second sous Windows 97 et le dernier sous Windows Vista ! En clair, c’est bien le même langage mais, les logiciels ne sont pas forcement à jour et compatibles, et il y a des jours où le système complet plante !

Le cerveau humain est ainsi constitué de trois formations évolutives bien différentes, anatomiquement et psychologiquement, étroitement reliées par le système nerveux, mais ayant un mode de fonctionnement bien à elles.

Par ordre d’entrée en scène au cours de notre histoire, apparaît un cerveau primitif, dit reptilien, constitué du tronc cérébral et du cervelet (photo : homme de Neandertal). Il fonctionne par stimulus réflexes selon des éléments concrets et très différenciés, uniquement orientés vers la survie instantanée. Hérité de nos plus lointains ancêtres biologiques, il règne sur nos pulsions fondamentales (faim, soif, sexualité, agressivité, imitation) et assure une réponse immédiate au présent, il privilégie l’odorat. Ce cerveau est en liaison intime avec notre équilibre biologique et endocrinien. Ne cherchez pas à le maîtriser, il n’y a pas de mise à jour disponible. Pour lui vous êtes encore au fond d’une grotte à croquer des baies ou à rogner un os de mammouth. Vous ne pourrez ni maîtriser votre faim, ni votre soif. Il commande le fonctionnement de l’Hypophyse qui, elle, commande à toutes nos glandes qui vont contrôler le fonctionnement de nos cellules.

Est apparu ensuite, dès les premiers mammifères, le cerveau « limbique » qui est le siège des émotions. Il introduit l’affectivité, les soins parentaux, le sens du clan (celui des aviateurs aussi sans aucun doute), il se base sur l’importance de la vocalisation et de l’audition. L’affectivité nécessite une mémoire à long terme. La notion de plaisir ou de déplaisir nécessite le souvenir d’une expérience passée. Il faut savoir, par expérience, qu’il y a des choses qui sont défavorables ou favorables à notre plaisir, à notre équilibre biologique et dépend essentiellement de l’état de notre milieu intérieur. Qui dit mémoire dit motivation : si un évènement ne nous intéresse pas, vous ne mémoriserez rien. Petit clin d’œil pédagogique.

Enfin, la partie dont, en tant qu’hommes, nous pouvons être fier : le néo cortex, siège de la partie rationnelle de notre pensée. Ce cerveau « néo-mammifère », en fin de compte humain, avec ses lobes frontaux, connaît la raison et le langage symbolique. Notre néo cortex permet l’abstraction, l’association. Il nous permet d’imaginer, d’inventer des comportements nouveaux à partir d’expériences anciennes. C’est le cerveau de l’anticipation, de l’avenir. Attention toutefois, tout n’est pas si rose. Les deux patriarches précédents veillent. Essayer d’apprendre quelque chose de pas forcément motivant en ayant faim ! Second clin d’œil pédagogique !

Contrairement aux idées établies, tout n’est pas dirigé et harmonisé par le neo cortex : les deux systèmes inférieurs peuvent le court-circuiter quand ils l’estiment nécessaire. On comprend toute la symbolique du Dr Jekyll et de Mr Hyde, ce vieux combat de la belle et la bête, que nous nous livrons en permanence dans le cercle très privée de notre inconscient, à huis clos de notre propre conscience. Car l’évolution humaine s’est produite si rapidement que ces trois cerveaux ne sont qu’imparfaitement intégrés.

Nous pouvons résumer ce modèle en disant que l’évolution ayant commis plus d’une erreur, il est pertinent de se demander si l’homme n’est pas victime d’un vice de construction, d’après lequel la croissance extraordinairement rapide du cerveau humain serait responsable d’un dangereux défaut de coordination entre les structures anciennes et les structures récentes du cerveau, d’où un divorce quasi permanent entre l’émotion et la raison.

Notons néanmoins que depuis, de nombreux chercheurs ont considérablement développé notre compréhension du fonctionnement cérébral humain. Il en ressort que, quelles que soient les précautions de l’analyse rationnelle, le moment de la décision passe infailliblement par les parties limbiques et reptiliennes de notre système nerveux. Ces parties ont leur langage qui n’est pas celui de la raison, mais celui des émotions, voire de nos réflexes de survie génétiquement programmés.

En clair, et pour enfin revenir à ce qui nous intéresse vraiment : la sécurité, en cas de danger extrême au sol, ce ne sera pas forcément la raison qui va l’emporter. Le vrai patron dans ce cas sera le cerveau reptilien. C’est lui qui va commander la fuite, l’abandon ou le geste réflexe que l’on trouvera stupide par la suite de se protéger le visage avec les bras. Bref celui de se réfugier, dans les plus brefs délais, au fin fond de la grotte ou d’affronter le danger de face en montrant les dents.

Mais qu’en sera-t-il en vol, face à une situation grave ? Pas de secours possible à venir de l’obscurité profonde de la caverne. Sans entraînements réguliers et répétitifs, sans remise en question permanente de nos propres capacités, sans motivation à l’apprentissage des manœuvres d’urgences et sans réelle volonté de découvrir ou de redécouvrir des situations délicates, il ne nous restera bien souvent que la manœuvre dérisoire mais symbolique de nos avant bras. Le seul moyen de ne pas avoir l’air ridicule à ce moment là est bien d’avoir éduqué ses réflexes, de savoir prendre le dessus sur l’éplucheur de cacahuètes, en clair de savoir appliquer la bonne manœuvre ou de savoir prendre la bonne décision au bon moment. Sans entraînement régulier, la partie est perdue d’avance !

Bons vols, Christophe BRUNELIERE.

2 Comments

  1. Jean-Louis SZUBA

    j’aime beaucoup cet article, résumant magnifiquement nos forces et nos faiblesses et l’origine incontestable de tout çà.
    Devrait figurer au mur de tout aéro-club en soulignant en rouge la conclusion « sans entrainement régulier la partie est perdue d’avance » …

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