LE BLOG, PILOTE PRIVE

Pilotes de vol libre, quel engagement ?

Cet article va tenter de traiter une question que je me suis longtemps posée. Avec quel engagement les pilotes de vol libre pratiquent-ils cette activité risquée dans leurs loisirs ?

J’entends déjà certains me dire :

« en ce qui me concerne, je n’oserai jamais aller voler. Je suis un terrien ou une terrienne, je crains d’avoir trop peur et… de n’avoir aucun plaisir. »

Qu’ils soient rassurés, aucune obligation de décoller ! Au fond je vous comprends même très bien. Quel est l’intérêt de s’envoyer en l’air au propre, s’il s’agissait au figuré de se mettre en l’air ? Le paradoxe est là, benoîtement résumé.

Se mettre en l’air au risque de se mettre en péril, au fait, y avons-nous suffisamment réfléchi ?

Combien de situations limite catastrophe sont-elles vécues sur les sites de vol libre ?

La réalité est là toute proche à nos côtés. Pour nous souffler ou pour nous le couper…  Ajoutons toutefois puisque nous n’en sommes plus à un paradoxe près, que l’activité libériste pardonne souvent ! J’y vois l’avantage indéniable des faibles masses sous de grandes surfaces (spécifiquement pour le parapente), aux faibles vitesses. Que soient hautement remerciés les épicéas offrant leurs vertes branches. Je ne polémiquerai pas ici sur la pertinence du choix feuillu-résineux tendant à nous prouver, soyons beau joueur, combien l’on a été mauvais… Pour tenter d’y voir plus clair  essayons alors de formaliser un petit peu les choses. Au sein d’une pure activité de loisir je retiendrais la détente comme l’un de ses éléments essentiel. Le repos, le lâcher prise. La décontraction ! L’évasion, le plaisir, le ressourcement, le vidage de tête ! Du côté conduite  d’une  activité  à  risque il en serait  d’éléments plutôt inverses tels  conscience éclairée, réflexion, vigilance, observation, action, concentration, sans oublier les fameuses prises de décision… Un certain nombre de tâches en quelque sorte dévolues aux parties du cerveau rationnel !

Nous arrivons dans le vif du sujet car nous pouvons aisément observer avec ces quelques mots la divergence d’éléments potentiellement conflictuels existant à la source même de nos activités ! Alors que les aviateurs se soumettent me semble-t-il de manière indéniable aux lois de leurs pratiques cartésiennes, cadrées, réglementaires, rationnelles, récitant pieusement les prières savantes de leurs checklists, pour notre cher vol libre ne sommes-nous pas amenés au gré d’étonnantes circonstances vers une manière de procéder assez différente ?

Et  même si la motivation de voler est la même : le plaisir  du vol, le voyage, en revanche je pense qu’elle s’exprime de manière  assez  distincte chez les deux parties avec ou sans cockpit chauffé. La relative facilité de mise en œuvre du matériel minimaliste utilisé dans le vol libre pourrait peut-être à elle seule fournir une bribe d’explication. Celle d’une autre démarche. Celle d’un autre engagement. Orienté vers le rêve. Orienté vers l’imagination ou la contemplation, quand ce n’est pas carrément vers du doux délire, tant il est vrai qu’il est si beau et si bon de voler comme nous l’aimons !

Ainsi le pilote de vol libre se dirigeant vers sa plateforme d’envol enclencherait un mode fortement privilégié pour ne pas dire addictif mais assez inattendu eu égard aux tenants et aux aboutissants de son activité. Actionnant une partie de son cerveau particulièrement dévolue à l’imaginaire et aux émotions pour accéder de manière presque onirique à cet ailleurs convoité. Joueur en partance vers le vide. S’exposant parfois sans tergiverser aux bras de tous les vents portants. Défiant les lois de la pesanteur avec cette aisance d’une spontanéité inégalée. Souriant aux anges, heureux comme l’enfant retrouvant les jupes de sa maman.

Entretenant souvent une relation de dépendance forte vis à vis d’un engagement physique (adrénaline) et des plaisirs sensuels !

Bons vols.

Xavier

Photos : la photo ci-dessous est prise depuis l’intérieur du trou de la Tine, au Salève près de Genève. Les autres à Saint-hilaire du Touvet pendant la Coupe Icare en septembre 2011.

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2 Comments

  1. le floch

    ARticle tres interressant , il faut se souvenir que le vol est d’abord une transgression .
    Il est etonnant de constater que le vol « libre » s’est develloppé a partir du moment ou des fonctionnaires ont voulu reglementer un espace de responsabilité et de liberté.
    Soyons ettentifs a ne pas leur laisser trop de libertés avec notre liberté. La recherche de la securité »reglementaire » reduira notre liberté .
    Soyons attentifs et conscients car cette demande de securité viendra de l’intérieur de la communauté.

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  2. Julien

    Bonjour,

    Il me semble qu’une source importante de plaisir dans le vole libre soit l’engagement…

    On retrouve l’engagement dans de la comportement du motard à 120 km/h sur une route de montagne, le marin en pleine mer ou encore l’alpiniste dans une goulotte. C’est ici le fait d’être pleinement responsable de sa vie qui joue. Et plus une société sera déresponsabilisante (« pour votre sécurité… ») plus nous rechercherons à reprendre le pouvoir sur notre vie. En parapente, chacune de mes actions à une incidence directe sur ma vie ! Agir, c’est vivre.

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