LE BLOG, PILOTE PRIVE

Je n’avais pas de plan B

Voici le récit de Philippe, un passionné d’aviation, ingénieur Chez Thales division Espace près de Cannes. Il a commencé à voler en planeur à Fayence pour ensuite poursuivre vers le deltaplane, avec une soixantaine de vols, et aujourd’hui il prend plaisir à voler en parapente. C’est un fidèle lecteur des rapports du BEA, des ouvrages d’Otteli et il s’intéresse à tout ce qui touche à l’avionique et aux Facteurs Humains.
.
C’était mon 13ème  grand vol en deltaplane (simple surface ATLAS 16) et mon club avait choisi de nous faire monter au « 1000 de Grasse » pour faire un vol de 1000m de dénivellé jusqu’a l’atterissage du Plan de Grasse situé a 6Km en ligne droite, vol qui passe au dessus de l’aglomération de Grasse. La seule consigne était de ne pas trop tirer sur la barre pour rester à finesse max (qui est de 8 pour ce delta). Je décolle, le terrain d’atterissage est loin et tout petit dans la brume de chaleur. En vol je me concentre pour minimiser ma descente, mais ca descend malgré tout pas mal et le plan monte dans mon champ visuel, ça va être juste. Il y a bien un grand champ situé 1Km avant mais on ne m’en a pas parlé (dommage cela aurait pu être mon plan B), donc je continue à m’approcher de l’atterro et à descendre. Avant l’atterro se trouvent de grandes serres recouvertes de verrières, les dernières secondes de mon vol en ligne droite vont se passer à moins de 2 mètres audessus de la dernière serre… Je me pose en limite d’énergie (sûrement pas loin du décrochage) dans un champ de patates a 100m de l’atterro officiel. Ca aurait pu casser mais cette fois c’est passé.
.
Merci à Philippe pour son récit qui depuis ce vol connaît le concept du Plan B.

Vous devez parfois prévoir une porte de sortie pour éviter de vous engager dans une situation à risques. Dans un immeuble, cela s’appelle une sortie de secours. Le plan B, c’est tout simplement anticiper, préparer et prendre une autre option que celle que vous aviez envisagé. C’est prendre un autre cheminement, ou se dérouter, ou carrément annuler son vol. Le plan B est la suite logique du « Et si… ? ». Et si ça ne se passe pas comme prévu ? Et si ça descend un peu plus ?
.
Dans la plupart des cas, de nombreuses options s’offrent à vous lorsque vous volez : vous pouvez naviguer comme bon vous semble ou interrompre votre vol à votre guise. Dans certaines circonstances, cette liberté se réduit singulièrement et votre challenge est alors d’éviter de vous retrouver dans une impasse.
.
Le Plan B est destiné à éviter de mettre votre aile (vos ailes) là où la situation risque de vous dépasser. Vous déclenchez parfois le plan B avant même d’aller voler si le temps est exécrable et que vous décidez de rester chez vous. Évidemment, le plan B prend toute son importance dans les situations limites : si … alors je prendrais le grand champ à 1 km, je risque de me poser à la limite du coucher du soleil, le passage du col avec mon planeur risque d’être limite…
.

Beaucoup de ces limites vont s’imposer naturellement à vous et vous allez par exemple décider de raccourcir votre vol si le vent se lève. Dans d’autres cas, la perception de ces limites n’est pas aussi facile et vous éprouverez des difficultés pour décider à quel moment vous devez actionner le plan B pour aller vous poser, viser le grand champ, changer votre itinéraire… Pourquoi certaines limites sont-elles plus difficiles à cerner ? Et bien parce qu’il s’agit de vos propres limites, de la limite de vos compétences. Si le temps est vraiment médiocre et que vous n’avez jamais volé dans ces conditions, vous actionnerez naturellement le plan B en reportant votre vol. Mais si c’est limite… vous allez vous retrouver en vol à la limite de vos compétences, c’est-à-dire à la limite de contrôle de la situation, et attention à ne pas franchir la ligne rouge.

Tous les pilotes vont tutoyer ces limites et les repousser à force d’expérience et de premières fois. Mais il y a des frontières à ne pas dépasser !

Si vous êtes parfaitement conscient de vos compétences, il reste toutefois à actionner ce plan B. Or, pour l’actionner, il faut déjà le prévoir. Lorsque vous allez rencontrer le mauvais temps ou une zone de forte descendance, si vous n’avez pas préparé votre déroutement ou repéré le grand champ, vous serez enclin à repousser votre décision (vos limites) pour vous y dérouter. Le plan B échafaudé, il reste la préparation la plus importante : la préparation mentale. Si mentalement vous n’êtes pas préparé à vous y dérouter, à changer de cheminement, à retarder votre vol, là encore, vous risquez de repousser votre décision ou pire ne pas en prendre.

Et n’oubliez pas que votre jugement sera peut-être influencé par des biais particuliers et qu’une fois en vol, dans ces situations marginales, vous serez soumis aux effets du stress et que vos décisions seront beaucoup plus difficiles à prendre ou ne seront pas forcément les meilleures.

L’anticipation du plan B c’est une décision qui sera prise beaucoup plus facilement et donc sans délais préjudiciables.

Ayez des plans B, anticipez-les et préparez-vous mentalement à les actionner quand le moment sera venu. Les choses seront beaucoup plus faciles.

Bons vols

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *