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La fatigue

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Lors d’une récente étude, la NASA a déterminé qu’environ 20% des accidents en aviation avaient pour origine la fatigue du pilote. Voila un sujet intéressant. En effet, Il ne viendrait à l’esprit de personne de partir en vol sans avoir effectué une visite prévol minutieuse. Prenons nous les mêmes dispositions en ce qui concerne notre état général et notre état de fatigue en particulier ?

Au cours d’un vol, la charge de travail la plus importante se produit à la fin du vol lorsque le pilote est également le plus fatigué et lorsque sa concentration et son énergie sont donc réduites. Cette condition entraîne souvent des négligences et des erreurs au moment de l’approche et de l’atterrissage.

En cas de problème, le pilote n’y fera pas face de façon adéquate s’il est fatigué. Cela peut donc donner lieu à un autre problème, entraînant éventuellement une série d’événements dont aucun en soi n’est peut-être suffisamment sérieux pour causer un accident, mais qui une fois associés peuvent être fatals.

On ne trouve que très peu de définition et encore moins d’information sur la fatigue. Nous nous basons essentiellement sur une visite médicale annuelle et … notre jugement de pilote. Bien sûr, il est écrit et dit un peu partout qu’un pilote doit s’abstenir de voler s’il se sent fatigué ! Mais querelles d’experts mis à part, qu’est ce que la fatigue et comment s’en protéger ?

Deux types de fatigue affectent les pilotes 

.La fatigue aiguë ― La fatigue aiguë (court terme) est causée par une activité mentale ou physique intense pendant une période de temps relativement brève. Par exemple, la fatigue aiguë peut être causée par un travail sous pression ou une échéance serrées, lors d’un stage intense ou une compétition. Chaque fois que vous devez vous concentrer pendant plusieurs heures, vous souffrirez sans doute de fatigue aiguë. Généralement, ce type de fatigue se produit entre deux périodes de repos normal. La fatigue aiguë est rapidement traitée par le repos ou une bonne nuit de sommeil.

La fatigue chronique ― La fatigue chronique (cumulative), par contre, résulte de nombreux épisodes de fatigue aiguë ainsi que d’autres facteurs, comme le stress, le décalage horaire ou une insuffisance de sommeil pendant plusieurs jours. Contrairement à la fatigue aiguë, la fatigue chronique n’est pas facilement traitée. Normalement, vous devez vous attaquer à la cause du stress ou de l’insomnie avant de passer à la fatigue elle-même. Si la fatigue chronique est présente depuis un certain temps, il vous faudra du temps pour vous débarrasser de ses effets.

La fatigue due à une maladie ou à une prise de médicament a volontairement été exclue de cet article. Un pilote devant s’abstenir de voler ou avoir reçu un avis médical dans ces cas là.

Nous pouvons reconnaître la fatigue grâce aux symptômes suivants :

– Maux de tête;

– Douleurs musculaires;

– Problèmes d’appétit (absence d’appétit ou augmentation);

– Problèmes de sommeil (insomnie, incapacité de se lever le matin);

-Troubles de mémoire (difficulté de concentration, difficulté de se remémorer rapidement un fait, un nom, une date);

– Problèmes de comportement (agressivité, irritabilité, colère);

– Manque de motivation, apathie.

D’autres symptômes peuvent s’ajouter :

– Intolérance au bruit;

– Frustration intense devant un événement sur lequel on n’a pas de prise;

– Panique devant la solitude.

Lorsque nous éprouvons l’un ou plusieurs de ces symptômes, il faut réagir, tout d’abord en cherchant à identifier le type de fatigue que nous ressentons.

Le moment où la fatigue s’installe est important :

La fatigue du matin : Cette fatigue peut avoir comme origine un sommeil perturbé ou plus agité qu’à l’habitude. Le réveil brusque peut également avoir un effet néfaste sur toute la journée. Prenez donc le temps de vous lever en douceur et d’apprivoiser votre réveil. Évitez de vous lever à la dernière minute et de vous jeter brusquement du lit.

La fatigue de la matinée : Il est à peine onze heures et vous vous sentez déjà vidé !

Il se peut que le taux de sucre sanguin de votre organisme se soit effondré.

Rappelez-vous ce que vous avez mangé pour le déjeuner : seulement une ou deux tasses de café? C’est peut-être l’origine de vos malaises. Le petit déjeuner est le repas le plus important de la journée et il doit être consistant afin de vous donner l’énergie de base pour votre journée.

La fatigue qui suit les repas est très fréquente. Vous somnolez dès que vous quittez la table. Cette fatigue provient souvent de ce que vous avez mal ou trop mangé. La digestion est perturbée et la fatigue s’installe. Une solution serait d’adopter des habitudes alimentaires saines en apprenant à manger des repas à la fois légers et nourrissants.

La fatigue de fin d’après-midi. Elle survient généralement au terme de la journée de travail, avant le souper. Un breuvage chaud, légèrement sucré, pourra enrayer ce malaise passager, parfois dû, comme dans la fatigue du matin, à une baisse du taux de sucre dans le sang.

La fatigue du soir s’apparente à la fatigue normale. Elle est due à l’accumulation des activités de la journée, du stress et du travail. Généralement, les tensions occasionnées par cette fatigue partiront après une bonne nuit de sommeil.

Une seule solution pour lutter contre la fatigue, le repos !

Le fonctionnement de l’organisme humain est complexe. Une grande partie des besoins essentiels peut être satisfait à la demande ou par anticipation, sauf un ! En effet, nous pouvons manger même si nous n’avons pas faim, boire même si nous n’avons pas soif mais nous ne pouvons pas toujours nous reposer à la demande et encore moins dormir sur commande.

Le repos et le sommeil sont les deux éléments essentiels de récupération de la fatigue et exigent l’addition de plusieurs conditions très précises. Un seul élément perturbateur peut faire s’écrouler l’opération délicate. La température, la luminosité, l’heure, le bruit, le décalage horaire, l’inconfort, l’ambiance, un repas trop riche, l’alcool, la caféine, et les excitants en général, l’état de santé physique ou psychologique, voire tous à la fois, font partie de ces éléments perturbateurs.

Le sommeil, indispensable à la récupération de la fatigue physique et de la tension nerveuse accumulées dans la journée, occupe un tiers de notre vie. A 60 ans, vous aurez dormi 20 ans et rêvé 5 ans. Notre organisme fonctionne de façon cyclique de jour comme de nuit. Chacun de nous, durant la journée, passe régulièrement d’un état de grande forme à des « coups de pompe », de temps forts à des temps faibles. Ces cycles se succèdent au cours de la nuit, autant de fois que notre organisme en a besoin pour récupérer. Un cycle de sommeil dure de 1 h 30 à 2 heures. La nuit est donc une succession de 4 à 5 cycles de sommeil.

Durant notre sommeil, surviennent de grandes différences dans le fonctionnement de notre corps. L’activité de notre cerveau, notre respiration, notre rythme cardiaque, notre tension artérielle, notre température corporelle, tout se modifie.

Au début notre sommeil est léger, l’activité de notre cerveau se ralentit mais nous sommes encore très réceptif au bruit et à tout ce qui peut perturber notre sommeil. Nous appelons ce sommeil le sommeil lent léger.

Puis, progressivement, nous nous coupons de plus en plus du monde extérieur. L’activité de notre cerveau se ralentit toujours plus. C’est ce que nous appelons le sommeil lent profond.  Ce sommeil est indispensable à la récupération de notre fatigue physique ….

Toutes les 90 minutes environ, survient un type de sommeil particulier, appelé le sommeil paradoxal. En effet, l’activité de notre cerveau y est intense mais notre sommeil est très profond et notre corps presque totalement paralysé. C’est le moment des rêves et nous y récupérons de toute la tension nerveuse de notre journée précédente.

La fin d’un cycle de sommeil est marquée par le sommeil paradoxal puis nous replongeons dans un nouveau cycle de sommeil ou bien nous nous réveillons, après une petite période intermédiaire de sommeil lent léger. En effet, le sommeil lent profond prédomine en début de nuit et le sommeil paradoxal est plus long, plus important en fin de nuit, au petit matin.

Du soir au matin, nous sommes tous différents. En moyenne, nous dormons environ 8 heures par nuit mais pour certains 5 heures de sommeil suffisent : ce sont les « petits dormeurs », d’autres ont besoin de 9 à 10 heures de sommeil : ce sont les « gros dormeurs ». Certains sont « du matin », d’autres « du soir ». Ces besoins en sommeil différents d’un sujet à l’autre sont génétiquement déterminés et hérités de nos parents.

En fait, le seul signe d’un sommeil suffisant est de se sentir en bonne forme dans la journée. Notre besoin fondamental en sommeil se heurte malheureusement le plus souvent aux exigences et aux contraintes de notre vie socioprofessionnelle. Si ces conflits sont trop importants ou trop répétés, nous risquons de dégrader nos rythmes biologiques et sensation de fatigue, de malaise, insomnie et dépression peuvent être la cause de ce surmenage. C’est ce qui nous arrive le plus souvent quand notre vie professionnelle nous oblige à un travail de nuit …

Il faut savoir aussi que l’âge est un facteur important dans l’organisation de notre sommeil. Il est évident qu’un enfant ne dort pas comme une personne âgée. Vers 50 ans, en général, le temps de sommeil diminue et l’on se réveille plus tôt. Nous supportons aussi beaucoup moins bien les changements de rythme. Nous nous remettons facilement d’une nuit blanche à 20 ans …. beaucoup moins à 50 ans. Notre sommeil s’allège. Les éveils nocturnes sont plus fréquents et les ré endormissements plus difficiles. Et, plusieurs éveils nocturnes donnent souvent l’impression de ne pas avoir fermé l’oeil de la nuit …

Cette évolution est normale et la prise inconsidérée de somnifère n’arrange rien bien au contraire.

Certaines règles élémentaires peuvent suffire à améliorer la qualité du repos ou du sommeil et donc annihiler la fatigue ou diminuer son cumul et ses effets.

Reste que le problème est posé. Fatigué ou pas fatigué ? Petit vol ou grand vol ? Vol local ou épreuve de Championnat ? En fait, Il y a vol tout court et chaque vol nécessite un état physique irréprochable. Vous attachez de l’importance à l’état de navigabilité de votre avion ? Pourquoi ne pas avoir la même exigence en ce qui vous concerne ?

Check list : Météo : OK ! Avion : OK ! Documents et équipements : OK ! Pilote : ? ? ?

En état ou pas en état de faire ce vol ?

Bonnes siestes et bons vols.

Christophe Brunelière.

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5 Comments

  1. le floch

    Cette étude de la NASA est en contradiction totale avec les faits observés par le BEA français dans tous les dossiers publiés aucun ne mentionne la fatigue comme facteur contributif.
    Les données du BEA sont solides car issues du terrain.
    les vieux en général ont besoin de moins de sommeil que les jeunes (métabolisme réduit a cause de l’âge): la récente augmentation de l’âge de départ a la retraite des navigants a été la démonstration la plus avérée de l’aspect marginal de la fatigue dans la survenance d’un accident.

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  2. sylvestre

    Aucune importance la fatigue??? Mais au fait quel heure était-il en heure locale de l’escale de départ, corrigée éventuellement des levers tôt, lors des accidents de Toronto, Brest et de l’Atlantique sud pour ne citer que des accidents récents survenus à des avions français??? Ce n’est sûrement qu’une coïncidence si ces accidents se sont produits à des heures tardives…

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  3. le floch

    Je ne dis pas que la fatigue n’a aucune importance je dis que le BEA ne considere pas que la fatigue soit un element contributif a l’accident. Un equipage fatigué ne prend pas le risque de decoller la loi lui interdit .

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  4. Kerbrat Laurent

    De mon point de vue le doute subsiste, la fatigue peut être un facteur contributif, mais cette fatigue est souvent sous jacente, donc très mal appréhendée, voire quelque peu occulter dans la plupart des cas !
    C’est aussi une certaine forme de récurrence gauloise, toujours en pointe dans les niches techniques de l’aéronautique mais quelque peu en retard de quelques métros dans le management du facteur humain sans parler du retour d’expérience assez mauvais en règle générale.
    Pour un équipage à deux pilotes, on peut toujours s’appuyer sur une différence puisque par définition il ne peut pas y avoir deux fatigues identiques. Si l’un était fatigué, l’autre pas nécessairement autant, etc..
    En revanche, pour le pilote seul à bord en transport public, il me semble que ce facteur mérite une attention toute autre, qui plus est, fonction du type de mission et du temps de service.
    Tout ce que je peux dire, c’est que passé 50 ans, je l’appréhende différemment et aussi, je la sens bien venir et les effets sont aussi bien différents.
    Dire ensuite que ce n’est pas un facteur contributif pour le BEA ! (pas de polémique) cela me paraît assez court, car le temps de service ne s’effectue pas physiquement de la même manière à 25 ou à 55 ans et plus, or c’est le même pour tous !

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