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J’ai été lâché ce matin, c’est magique.

Il y a quelques jours à l’aéro-club j’ai vu un pilote qui avait le sourire jusqu’aux oreilles : « je viens de me faire lâcher ». Le grand jour pour vous aussi ne va pas tarder à arriver, vous allez vivre un moment inoubliable, une étape majeure dans votre vie de pilote. Ce jour là vous aurez acquis suffisamment de connaissances et de pratiques pour que votre instructeur vous laisse partir tout seul. Pour profiter pleinement de ce vol et surtout le maîtriser parfaitement, voici quelques réflexions et conseils qui peuvent vous intéresser.

Des connaissances et une habileté

Pour commencer, le lâcher intervient en général entre 10 et 30 h de vol. Votre copain a été lâché en 15 h et vous ne l’êtes toujours pas à 25 h ? Aucun problème. Les bons pilotes ne sont pas forcément ceux qui ont été lâchés avec peu d’heures de vol. Il existe de nombreux critères de sélection pour rentrer dans une compagnie aérienne, celui-ci n’en fait pas partie.
Vous devrez connaître votre machine, ses vitesses d’utilisation, ses procédures normales et de secours. Votre pilotage est maintenant en place. Il existe quelques imprécisions, mais les écarts sont acceptables et vous savez les corriger.

Les conditions de vol

Votre niveau de compétence acquis, l’instructeur vous lâchera avec une deuxième condition qui est un environnement propice. Il va s’arranger pour que celui-ci soit le plus tranquille possible, sans risques particuliers, mais il ne peut pas tout prévoir. Chaque aérodrome possède ses caractéristiques, votre instructeur les connaît et vous aura briefé le cas échéant sur certains aléas qui pourraient survenir, avec d’éventuelles consignes : s’il existe qu’une seule piste et qu’un avion l’immobilise, si l’avion de ligne arrive avec un peu d’avance…

Juste avant

Vous sentez que le lâché est proche, mais c’est votre instructeur qui saura apprécier avec son expérience si le moment est venu ou non. Ne soyez pas impatient, toutes les heures de vol en instruction avant le lâché sont des heures très précieuses pour la suite de votre activité. En général, vous allez effectuer une série de tours de piste pendant lesquels votre instructeur interviendra de moins en moins ; juste pour préciser, affiner quelques détails. Le jour du lâché vous n’effectuerez à priori que quelques tours de piste pour éviter la fatigue. Votre instructeur vous donnera quelques derniers conseils : machine plus légère …

Préparez ce moment

Anticipez ce moment, et construisez votre expérience de pilote, le lâché n’étant qu’une étape. Au cours de votre instruction n’hésitez pas à poser des questions sur des situations en vol que vous avez du mal à comprendre : pourquoi le contrôleur nous demande de rallonger ? Pourquoi on ne prend pas la piste principale ? Vol après vol votre perception et la compréhension de votre environnement vont s’affiner, c’est à dire que vous posséderez de plus en plus de réponses face aux situations que vous rencontrerez ou que vous seriez susceptible de rencontrer.

L’anxiété

Tous les pilotes ressentent une petite anxiété, le moment venu, de partir seul. Si vous êtes d’un tempérament anxieux, que la confiance en vous n’est pas votre fort, il existe des situations que l’on désire parfois repousser ou auxquelles on ne veut pas penser. C’est peut-être votre cas pour votre lâcher. Discutez-en avec votre instructeur avant votre lâcher. Il répondra à vos interrogations et vous vous mettrez éventuellement d’accord sur la façon dont ça se passera. : connaître les critères retenus pour votre lâché, doit diminuer votre anxiété. Si votre instructeur décide de vous lâcher et que vous ne vous sentez vraiment pas à la hauteur, dites le et les quelques heures d’instruction supplémentaires qui vous permettront d’acquérir cette confiance en vous ne seront pas perdues.

Comme d’habitude

C’est le grand moment, et votre instructeur vous a rappelé que vous devez faire comme d’habitude. Effectivement, parce que le suivi des procédures et des consignes est indispensable, mais il y a une autre raison : vous êtes nerveux et le fait de vous concentrer sur vos actions va diminuer cette nervosité. Ne pensez pas à l’atterrissage quand vous êtes au point d’arrêt. Votre vol est une succession de phases dont la qualité dépend de la phase précédente. Donc au point d’arrêt concentrez-vous sur votre procédure avant décollage : checklist, radio … une fois aligné vous saurez que vous n’aurez rien oublié. En finale ? Ne pensez pas à l’atterrissage, pensez à votre plan, votre vitesse et quand vous serez à quelques mètres du sol, au bon endroit, à la bonne vitesse, l’atterrissage à toutes les chances d’être parfait.

Un petit plus

Je me souviens de mon lâcher sur le planeur M200. Ce n’était pas mon premier lâcher mais ce jour-là il y avait un peu de vent de travers. En préparant mon vol, je me voyais arriver en finale avec la correction de dérive, faire mon arrondi et décraber. Je me préparais mentalement. Cette préparation mentale est simple, et peu coûteuse ! Vous pouvez tranquillement au calme vivre dans votre tête un tour de piste. Les pilotes confirmés à la recherche de la performance comme les pilotes de voltige utilisent cette technique, tout comme les pilotes de ligne qui révisent leurs procédures en les visualisant mentalement avant leur séance de simulateur.

Et si …

Vous êtes en vol et pour une raison difficilement prévisible vous devez effectuer quelque chose qui n’était pas programmé : certains scénarios ne peuvent pas toujours être anticipés par votre instructeur. C’est rare mais cela peut arriver. Gardez votre sang froid et concentrez vous d’abord sur le pilotage de votre machine : assiette, vitesse … et ensuite sur le suivi de votre trajectoire : rester en ligne droite pendant la remise de gaz ou respecter le circuit de piste … Une fois votre machine et sa trajectoire maîtrisées, il ne vous reste plus qu’à vous représenter dans un schéma connu : retour vers la vent arrière ou en finale ou toute autre option qui vous semblera appropriée. Et si en finale vous appréhendez vraiment l’atterrissage, vous pouvez effectuer une remise de gaz, reprendre vos esprits le temps d’un nouveau tour de piste.

N’hésitez pas

Les premiers vols solo sont des moments particuliers et toutes les personnes qui sont en contact avec vous ce jour là le savent. Aussi, si vous pensez que vous pourriez perdre le contrôle de la situation : incompréhension de ce qu’on vous demande, stress aigu qui vous fait perdre vos moyens, n’hésitez pas : dites-le si vous avez la radio. J’écoutais des bandes d’incidents aéronautiques et plusieurs d’entre elles étaient frappantes pour la raison suivante : il y avait d’un côté une situation d’urgence ou un problème important pour le pilote et de l’autre, un contrôleur qui faisait son métier sans percevoir la gravité ou l’importance du problème, tout simplement parce qu’on ne lui avait rien dit. Et à partir du moment où le pilote faisait part clairement de sa situation, tout devenait différent. En communiquant sur votre problème, vous devenez la priorité. Le contrôleur va tout faire pour vous aider, le pilote de ligne qui lui aussi a fait son premier vol solo , ne sera plus grincheux comme à l’accoutumé avec les avions d’aéro-club, et c’est lui qui remettra les gaz et pas vous.

En conclusion

On peut dire que tous les premiers vols solos se passent bien, parce que tout est fait pour qu’il en soit ainsi : votre niveau de pilotage est correct et l’environnement familier et propice. Cela ne vous empêche pas de vous y préparer techniquement et mentalement. Parfois, un aléa peut survenir et nécessiter de votre part une initiative particulière. Raccrochez-vous alors à ce que vous avez appris, à des schémas connus, et surtout pensez à donner la priorité au pilotage de votre avion. Et tout se passera bien, et quand vous descendrez de votre machine vous afficherez, vous aussi, un grand sourire.

Bons vols

13 Comments

  1. Mr Pata

    J’ai été lâché il y a une semaine, c’était magique.
    Je me doutais bien que le temps du lâcher pointait le bout de son nez.
    Après une analyse météo pour une navigation, mon instructeur me dit « je te propose de ne pas y aller, on va faire quelques tours de piste ». Mouais, je voyais bien ce qu’il avait en tête le bougre.
    On fait 4 tours de piste, il me donne des conseils, en étant beaucoup, beaucoup plus gentil que d’habitude.

    Au 4em il me dit « tu te sens comment? », moi « je me sens bien », lui « allé annonce un complet »
    on va au parking, on coupe tout, quelques conseils, « avion plus léger », « visualisation du vent », etc. Il monte à la tour, moi je me plonge dans ma check list, je ne pense à rien d’autre que ça.

    On est 2 à tourner, moi et le pilatus des paras. je roule, la tour me demande de croiser le pil sur le parking, qui se pousse bien pour me laisser la place de passer, bien sympa!

    Point d’arrêt check-list toujours, le pil revient, demande la bretelle centrale, il s’aligne, je m’annonce prêt au départ, « alignez vous et attendez », je collationne. le pil decolle et pour moi « autorisé décollage ». hop c’est parti, 2 tours de piste, hyper bien passé, juste comme je voulais. Au 1er atterrissage, « F-NO en finale », le pil sur la piste, la tour « F-NO poursuivez », ok.. du coup l’autorisation d’atterrissage m’est donnée en très courte finale, me suis pas laissé déstabilisé, j’ai collationné et j’ai touché.

    Si je peux donner un conseil qui a bien fonctionné pour moi, il faut se concentrer sur ses check list, chaque chose en son temps, j’ai fais de plus beaux atterrissages que lorsque mon instructeur est à coté de moi…
    Au parking, sourire jusqu’aux oreilles, 2 heures après énorme coup de barre.

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  2. Tom

    Le jour de mon lâché a été un moment exceptionnelle. Je savais que mon lâché était proche mais je ne m’attendais vraiment pas à être lâché ce jour la.

    C’était le samedi 30 janvier 2010, il faisait froid dehors ( bien en dessous de 0° ), après une matinée de 3h de cours sur les facteurs humains à l’aérodrome, de la neige se mit a tomber en abondance. Après avoir mangé avec mon instructeur et sa femme, la neige s’arrêta de tomber. Mais l’aérodrome était complètement enneigé ( piste, taxiway, tarmac…). Pour moi, le vol était annulé.

    Mais la chance me sourit ! Le soleil fit son apparition, la température grimpa en flèche et les nuages disparurent. 1h plus tard, la neige avait totalement fondu et l’eau presque entièrement évaporé. Le temps était totalement favorable pour voler.

    Content de pouvoir voler cette après-midi, je fit tranquillement la pré-vol de l’avion. Au loin, je vit mon instructeur revenir de la tour de contrôle après avoir parlé avec l’agent AFIS ( de quoi a votre avis? ).

    La pré-vol terminé, un petit tour au toilette, un petit verre d’eau, la femme de mon instructeur me disant <> en souriant et les autres pilotes se retenant de sourire, et c’est partie !!! ( Bien entendu, je ne me douté de rien a cause de la météo du matin ).

    J’embarquai avec mon instructeur dans l’avion pour une nouvelle séance de tour de piste.
    Aligné sur la piste j’annonce: <>, l’AFIS me répondit <>… Décollage!!!
    Je rappelle en vent arrière a la demande de l’AFIS, je prépare la machine sous l’œil très attentif de mon instructeur ( pompe électrique, réchauffe carbu, phare d’atterrissage…). Aucun trafic dans le circuit je rappelle en final 30 pour un touché. Je fit tout correctement comme j’avais appris et je fit un jolie petit kiss landing.
    M’apprêtent à redécoller, mon instructeur me dit <>, je répondit <>, il sourit puis ce mit à réduire les gaz, rentrer les volets, freiner et me dit: <>. Je souris, ne trouvant plus les mots.
    Piste dégagé, je dépose mon instructeur à la tour de contrôle.

    Seul a bord, je vis une trentaine de personnes sur le tarmac sourirent en me voyant rejoindre le point d’arrêt. Je prépare la machine au décollage, respire un bon coup et je me dit: <>. L’adrénaline monta ( positivement ). Je m’aligna sur la piste 30, régla une dernière fois de conservateur de cap et je dit à l’AFIS: <>, et il me répondit <>.

    Déterminé, je mis plein gaz… 2200 tours, pas d’alarme, badin actif donc on continue… 100 km/h rotation… vitesse de montée 130 km/h. Et je réalisa que j’étais en l’air seul a bord de l’avion. A ma droite le siège était vide, et je vis la trentaine de personne me faire coucou du tarmac.
    J’étais heureux !!! J’attendais ce moment depuis mon enfance.
    Je rappela L’AFIS en vent arrière qui me dit de rappeler en étape de base, et configura l’avion pour l’atterrissage. Pendant tout le vol, j’appliquai exactement toutes les procédures apprises. En étapes final, je m’annonce pour un touché. vitesse 130 km/h, 2ème cran de volet, plan d’approche OK, je continue. Arrivée au seuil de piste, je réduit les gaz, arrondit et laissa l’avion entrer en contacte avec le sol ( en douceur ) . Content de mon 1er atterrissage seul a bord de l’avion, je remis les gaz et recommença 3 autres fois ( 4 tours de piste ).

    Après mon dernier atterrissage, je dégagea la piste. Mon instructeur me fit signe d’aller faire le plein de l’avion. Moteur éteint, j’ouvris la vérrière, descendit de l’avion, fit le plein, redémarra et rentra au tarmac. Ma joie ne passait pas inaperçue, j’étais un vrai kangourous !

    On me félicita pour ce grand pas dans le monde de l’aéronautique ( et dans ma vie ). Je remercia mon instructeur de m’avoir lâché, appela ma mère pour y annoncer cette grande nouvel, et fit un ptit saut à la tour de contrôle voir l’agent AFIS pour le remercier et discuter un peut avec.
    Je conclu par le ptit verre traditionnel de champagne.

    Voila l’histoire de mon lâché. Un moment inoubliable dans ma vie.
    Et je dit a tout les futurs lâché, aillez confiance en vous, en votre instructeur, au contrôleur ou AFIS et profité de ce moment de bonheur exceptionnel qui sera gravé à jamais dans votre mémoire .

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  3. Alard

    Une naissance, c’est le passage d’un état aquatique à un état aérien. Un lâcher, c’est le passage de l’état terrestre à l’état aéronautique. C’est fondateur pour tout pilote. C’est l’occasion de se souvenir aussi. Merci donc aux deux témoins ci dessus qui m’émeuvent par leur enthousiasme… Merci aussi pour cet article de qualité !

    Amitiés vélivoles

    JMA

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  4. Daniel

    C’est très bien de rappeler que le nombre d’heures effectué en double avant le lâcher n’a aucune importance.
    Je suis instructeur et quand, lors d’un lâcher, un membre du club me demande « alors, combien d’heures ? » je réponds  » un nombre suffisant ! »

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  5. Bonjour.

    J’ai effectué mon premier vol solo sur C150 il y a deux jours (le 22/10/2015).

    Je me permets de vous raconter comment cela c’est passé.

    Ce qui s’est passé, c’est que j’avais commencé ma formation avec un FI qui malheureusement ne pouvais pas me lâcher (il n’avait pas encore fait 25 « lâcher machine » pour faire des premiers lâcher). Donc vers ma 18ème heures de vols, j’ai switcher avec un FI qui pouvais me lâcher. On a donc refait des pannes et ect. […]
    Et voilà que le jeudi 22 octobre 2015 arrive.
    Donc je passe la douane pour faire la prévol avec mon FI, je vois que les conditions se dégradent. Mais, c’était volable et nous somme quand même partit.

    Au 4ème Tours de pistes, mon Instructeur me dis « l’arrondi, ce n’est pas encore ça mais je tiens ma vitesse mon plan et mon axe, donc je te lâche. »

    Je suis reparti tout seul cette fois si. Il y avait plusieurs personnes qui me regardait sur le tarmac dont :
    -mon FI
    -Un ami a moi qui devait partir en nav après moi
    -un père et sa fille qui se préparait à partir
    […]
    J’arrive donc en fin de vent arrière et je m’annonce.
    On m’autorise donc à l’atterrissage, je vire en base en faisant ma réduction et arrivé en final, j’avais directement mon axe, mon plan, et ma vitesse. Et à l’atterrissage,… UN « KISS » sur le sol, j’étais extrêmement fier de moi. Toutes les personnes qui me regardait, l’on dit aussi, et mon FI m’a même fait comme les gros porteur au roulage pour le parking. Ce jours est et sera toujours encré dans ma mémoire =)))

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