LE BLOG, PILOTE PRIVE

Pourquoi vous allez vous tromper !

03332

Eviter de se tromper dans ses décisions c’est l’objectif de tous les individus, qu’ils soient sur le plancher des vaches ou dans les airs. Il existe toutefois une différence importante : si vous décidez de ne pas vérifier la météo ou de ne pas compléter votre plein d’essence avant de partir, les conséquences ne seront pas les mêmes si vous montez dans votre voiture ou dans votre aéronef. C’est pourquoi en aviation nous traquons l’erreur de décision qui peut être lourde de conséquence, en sachant par exemple que les décisions sont souvent prises pour éviter de commettre des erreurs de pilotage, en décidant par exemple de surseoir à son vol quand le vent est trop fort.

Quand vous allez prendre une décision vous allez soupeser des éléments objectifs : force du vent, entraînement récent, type de machine… et vous devriez alors aboutir logiquement à prendre ce qui s’appelle une bonne décision.

Houston ? On a un problème !

Et le problème n’est pas mince. Votre jugement est susceptible d’être pollué par une série de facteurs qui vous sont propres, on les appelle des biais de jugement. Ils sont tellement importants qu’ils ont été répertoriés chez les pilotes afin que vous y preniez garde.

En voici quelques exemples parmi d’autres :

  • Les biais de confirmation qui vont influer sur le traitement des informations pour confirmer une décision déjà prise. Les personnes entendent ce qu’elles veulent entendre ou voient ce qu’elles ont envie de voir.

Exemple : en navigation, le pilote n’est plus trop sûr de sa position, il cherche un village accolé à un bois qui doit apparaître sur sa route. C’est le cas un peu plus tard : « Ah, je savais bien que j’étais sur ma route ! » Sauf que le bois n’est pas du bon côté du village, ce n’est donc pas le bon point de repère.

  • Les biais qui vont conduire le pilote à prendre en compte les informations les plus facilement accessibles aux dépens d’autres, moins accessibles, mais peut-être plus critiques.

Exemple : malgré la consigne qui demande au pilote de confirmer visuellement la quantité de carburant dans le réservoir avant le départ (à l’aide de l’escabeau), le pilote se contente de lire la jauge.

  • Les biais d’habitude liés à l’expérience auront tendance à influencer les choix du pilote dans certaines situations, malgré des indices ou informations qui vont à l’encontre de ces décisions. Ce sont des solutions de facilité basées sur des routines connues, mais non adaptées à la situation.

Exemple : L’appareil ne démarre pas, le temps est particulièrement froid. Le pilote connait une procédure de démarrage dans ces conditions particulières. Sauf que ce jour-là, ce n’est pas le même type de machine, sa procédure n’est pas du tout adaptée et il risque de mettre le feu au moteur.

  • Les biais de préférence personnelle. Ils vont venir polluer les faits objectifs, en les ignorant ou les interprétant pour aboutir à une décision orientée vers un choix personnel.

Exemple : le temps est médiocre et la logique voudrait que le pilote se déroute sur un terrain donné. Il décide d’en choisir un autre moins favorable mais où il pourra rencontrer des amis.

La simple connaissance des biais les plus fréquents chez les pilotes doit vous prémunir de leur influence. Vous pourrez en découvrir d’autres sur cette fiche qui traite de l’origine des erreurs chez les pilotes.

[box type=”alert”]La question qui nous vient à l’esprit est la suivante : pouvons-nous prendre des décisions qui ne soient pas affectées par ces biais ? La réponse est oui, à condition que vous agissiez dans votre domaine de compétence. C’est votre expérience qui vous permet alors de dire si oui ou non vous pouvez faire ce que vous avez projeté. En dehors de cette zone, attention au biais qui vous menacent.[/box]

Là où les choses se compliquent c’est quand la situation n’est pas simple et évolue en permanence, or c’est une principale caractéristique de l’aviation de loisir.  Une autre menace propice à l’apparition de ces biais, c’est l’évaluation de nos compétences, afin de rester dans sa zone, avec une tendance naturelle à les surestimer. Nous pouvons prendre en exemple le cas typique du pilote qui va rencontrer du mauvais temps à l’approche de sa destination : il risque de trouver toutes les bonnes raisons (biais de jugement) pour poursuivre vers sa destination… sauf s’il a lu cet article.

Bons vols

Crédits photos : Plinio Daniel Lins (à la une) et Daniel (article)

LOGO2

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *