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Et je décide finalement de ne pas voler

Planeur bandeau

Nous sommes samedi, demain est annoncé comme étant une journée propice au vol à voile. Enfin! Après de si longs mois d’hiver et un printemps qui ne pointe que timidement le bout de son nez, je vais pouvoir m’adonner à mon loisir favori, et je sais que mes compétences d’instructeur vont être sollicitées, par les élèves et pour l’organisation des vols… une grosse journée en perspective. J’ai prévu de faire la route avec un ami de longue date, pour couvrir les 2h30 qui me séparent de l’aérodrome. Je sais déjà que les échanges vont être passionnés, et que ces kilomètres vont finalement passer bien vite.

D’un point de vue familial, je suis pas mal sollicité à la maison: mon épouse, enceinte de 7 mois, ne peut plus trop faire d’effort, et c’est difficile pour elle de s’occuper de notre fille de 18 mois; par chance, cette dernière est gardée par son parrain jusqu’à dimanche soir.

Stork & BabyPourtant, en ce samedi soir, mon épouse me fait part de son inquiétude vis-à-vis de la distance qui sépare l’aérodrome de la maison. Et si il fallait que je revienne précipitamment ? Nous discutons, je la comprends, elle entend également mon besoin de « prendre l’air »… Pourtant, toute cette discussion remue en mes tripes ces questions dont j’avais pu, jusqu’à maintenant, faire abstraction. Etait-ce par négligence ? Par ignorance de la santé de mon épouse ? Toujours est-il que je tergiverse, et que je ne me sens plus pleinement disponible pour assurer mes fonctions de commandant de bord, et encore moins d’instructeur. Devant cet état de fait, mon épouse ne fait que m’encourager à aller voler… Alors qu’il n’en est déjà plus question. Mon choix est déjà fait.

Voler en planeur nécessite une disponibilité mentale que je n’ai plus à ce moment. Alors que je devrais déjà me projeter dans mon vol de demain, mon esprit est encombré de tous ces soucis. Je ne peux plus prendre le risque de voler derrière mon planeur, de subir le vol. Cela n’aurait aucun sens, en plus d’être dangereux. Voler avec un élève? Encore moins. Non décidément, ce sera pour une autre fois.

Mon épouse voit bien ma déception, ma frustration, et culpabilise à l’idée que cela puisse provenir d’une discussion qu’elle a amenée. Je lui explique qu’elle aura moins de souci à se faire pour ma frustration d’un jour que pour un accident qui aurait pu survenir, si je n’étais pas conscient de mon état.

Si je décide de ne pas voler ce week end, c’est aussi parce que je sais qu’il y aura d’autres belles journées, et que je serai alors mentalement disponible pour voler en sécurité. Et qu’importe si cela doit attendre quelques mois! La fatigue, le manque d’expérience récente et les soucis ont finalement eu raison de ma motivation, mais la passion, elle, est restée intacte!

Volez prudemment.

Matthieu

Crédit photo du bandeau de l’article : Mika Ganszauge

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2 Comments

  1. un économiste voit là une performance mauvaise du fait d’un choix inapproprié entre des probabilités concurrentes avec au final la sélection de la probabilité la plus faible. pour à peu près les mêmes raisons, un cognitiviste voit là une erreur ou pire dans sa bouche un biais.
    l’aviateur y voit avec justesse une décision. décision parce que refus d’une possibilité à la probabilité certes faible ( la gestation n’est pas une maladie et au septième mois les risques sont faibles), mais cette possibilité est inacceptable dans ses conséquences.
    alors il faut quitter la strate des choix pondérés entre probabilités concurrentes et sauter vers la strate moralement supérieure du refus de inacceptable, quel qu’en soit le prix. c’est un saut moral, éthique, une indignation, bref une décision. ce n’est pas rationnel mais c’est raisonnable. la décision a sa raison que la raison ignore. l’aviateur sage s’abstient alors de juger et n’admire que la consonance avec soi-me ainsi atteinte.

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  2. Xavier Bévant

    Je trouve l’article bien trouvé ! Magnifique commentaire ! J’adhère en pensant que les économistes dans le monde actuel ne devraient pas trop faire les fiers. Rien n’est joué. Ils ont, comme pour nous tous beaucoup à chercher et beaucoup à apprendre… ;-))

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