VOL LIBRE

Un décollage qui va se terminer dans les arbres

 

Samedi 3 aout 2013 17 h 10, décollage de Torcieu, Bugey (Ain).

Après avoir dans un premier temps moi-même aidé un pilote à réétaler sa voile, puis en avoir laissé deux autres s’installer tour à tour (dont le collègue avec qui j’étais venu depuis Lyon), à force de déplacer à chaque fois ma voile en bouchon, j’ai fini par avorter deux décollages.
La soif et la fatigue commençaient à se faire sentir après quelques manipulations, à cause de suspentes emmêlées et d’une première clé dans le 3e étage du suspentage (dégainé) du fait de ces multiples changements de place, voile en boule sur cette forte pente.

Finalement, resté seul pilote sur le tarmac face à ma voile réétalée pour la 3e ou 4e fois, casqué et harnaché, j’ai demandé toutefois à un spectateur (non-volant) de bien vouloir me redresser le stabilo qui semblait un eu enroulé sur la gauche, ce qu’il a fait mais je n’ai, sur le coup, aucune idée de savoir de quelle manière (a-t-il cravaté le bout d’aile avec une suspente sans s’en apercevoir ?).

Ma voile est à l’ombre et je suis en plein soleil. Malgré ce petit indice « informel » (comme on dit chez les motocyclistes), un peu agacé par cette perte de temps et fatigué du fait de l’effort prolongé pour conserver l’équilibre sur ce terrain à forte déclivité depuis près d’une demi-heure, je décide donc de décoller en face-voile. La voile en se levant, passant de l’ombre à la lumière, m’a bien informé qu’un stabilo était froissé mais cela ne m’a pas vraiment inquiété. Je ne m’en suis donc pas trop formalisé car une fois la voile en vol, le(s) stabilo(s) regonfle(nt) rapidement et cela n’influe jamais sur la trajectoire. Par ailleurs, la voile (sous laquelle j’avais déjà une centaine de vols,  une Gin Yéti -avec un 3e étage de suspentage dégainé)  gonflait normalement et montait bien dans l’axe.

Sauf que cette fois-ci, un stabilo était vraiment cravaté par une suspente l’ayant ficelé lorsque la voile s’est un peu repliée sur elle-même du fait de la pente car je n’avais rien constaté lors de l’étalage au sol. A moins que cela ne soit dû à la remise à plat par le spectateur « serviable » présent au déco ? Je ne le saurai hélas jamais…

Toujours est-il que je n’ai pas vraiment vu la cravate étranglant la voile ou plutôt, dans le feu de l’action sur ce déco-falaise très court, n’ai-je pas eu le temps de la prendre mentalement au sérieux.

L’aile m’a donc bien pris en charge au début, ce qui m’a encouragé à poursuivre, après retournement, ma course d’élan. Mais, dès la sortie du déco, elle est partie aussitôt et inexorablement vers la droite en direction de la falaise, comme le film le montre.

J’ai alors contré aussitôt à la sellette mais cela n’a pas été suffisant pour reprendre un cap et sortir de la zone d’arbres. J’ai donc ajouté de la commande gauche à deux reprises. L’aile a fini par réagir et changer de cap, mais il était trop tard… Tout s’est passé très vite : une certaine sous-vitesse et un taux de chute proportionnel au creusement du virage ont sans doute initié un début de phase parachutale qui a conduit au plongeon dans le trou, en l’occurrence au sommet de l’arbre le plus haut (20 mètres) !

Heureusement, pas de bobo lors du choc. Même en plein mois d’août, je me félicite de voler avec un pantalon, des chaussures de montagne, un blouson et bien sûr un casque, des gants et des lunettes solaires. J’ai toutefois passé plus de trois heures accroché dans une position délicate, alternant jambe gauche et jambe droite dans la seule intersection de branches disponible de l’arbre, le reste du tronc en étant dépourvu.

J’ai pu garder le moral grâce à l’intervention rapide des copains des Ailes du Bugey venus avec une corde qu’ils n’ont finalement pas réussi à me hisser (merci à Chris, Patricia, Jean-Yves, Jérôme et Hervé-Ricardo) puis des pompiers de Torcieu, St-Rambert-en-Bugey, de Belley et des membres du G.R.I.M.P. 01 d’Hauteville-Lompnès venus me décrocher pour me descendre en rappel.  Merci infiniment à eux et un grand coup de chapeau pour leur professionnalisme, leur efficacité et leur gentillesse.

En revanche, ma voile restée jusque là intacte puisqu’elle s’était simplement posée sur la canopée après la rencontre avec l’arbre, a été littéralement arrachée, coupée en deux, caissons et suspentage déchirés par les sapeurs-pompiers à qui j’aurais dû demander de la laisser en place, quitte à revenir le lendemain la décrocher avec un ami parapentiste et élagueur professionnel. Je n’ai pas osé ou pensé à le demander, du fait de mon état d’esprit penaud du moment et de la grande fatigue qui commençait à me saisir…

Hervé le Deuchiste.

Analyse Mentalpilote

Nous retrouvons dans cet évènement le cas classique d’une succession de petites choses qui vont ce jour là se combiner entre-elles dans le mauvais sens. 

Hervé sous-entend qu’il aurait sans doute été préférable de ne pas décoller dans ces conditions mais que, fatigué et « agacé par cette perte de temps », il décide malgré tout de décoller.

Or, il s’avère que dans beaucoup d’évènements, et même dans la plupart, les pilotes sentaient qu’ils tutoyaient les limites ou même qu’ils les dépassaient carrément. C’est sans doute ce qu’il faut retenir dans ce vol. Des alarmes étaient là, Hervé les a identifié mais dans le feu de l’action il va décoller. Ne vous méprenez pas, je ne dis pas après coup que sa décision n’était pas raisonnable au moment où il l’a prise, sinon on ne volerait jamais ! Le  propos, c’est de chercher à percevoir ces différentes petites menaces, afin d’essayer de garder le curseur des risques dans sa partie raisonnable. Mes intentions sont-elles raisonnables ?

Note : Ce que ne dit pas Hervé et que je me permet de dire avec son autorisation, c’est qu’en plus de ces différentes « menaces » (néophyte pour l’aider à décoller, environnement délicat …), il est physiquement handicapé, mais cela ne se voit pas. Et entre autre, il fatigue très vite. La bonne logique aurait voulu que les copains le fasse décoller en premier, or c’est exactement le contraire qui s’est passé. D’autre part, il a bien entendu la personne qui lui parlait au décollage, mais sans comprendre ce qu’elle disait.

parapente

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Bons vols

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3 Comments

  1. Fabrice.G (Mymyl)

    Bonjour, je suis également pilote de Parapente et avec Hervé et nous avons appris à voler la même année.

    Je connait bien l’histoire (je n’était pas présent ce jour là) pour me l’être fait raconter de nombreuses fois et avoir à mainte reprises regarder le film ! (Très fort d’enseignement au passage de filmer ses vols même lorsqu’ils se finissent mal)
    Qui n’a pas continuer à traverser le carrefour alors que le feux tricolore passait largement à l’orange ?
    Dans cette malheureuse histoire qui s’est mal terminée pour la voile, on peut toutes fois se réjouir de la fin heureuse pour le pilote !
    Au delà du cas d’école pour les pompiers professionnel du grimp (ce n’est quand même pas tous les jours qu’ils procèdent à un tel « exercice ») il faut aussi noter la réel analyse à postériori du pilote, de sa remise en question et des nombreux avis et analyses qu’il à sollicités par la suite sur différent supports.
    (et encore, je ne suis peut être pas au courant de toutes les démarches qu’il a fait pour conduire l’enquête de son accident)

    Si tous les pilotes partageaient aussi facilement leurs incidents ou accidents, leurs questionnement, leurs doutes et leurs analyses, si tous les pilotes étaient aussi Humble cela permettrais peut être à d’autres d’éviter de s’enliser dans les traces de ceux qui les précédent. D’autres pilotes préfèrerons mettre en cause le matériel, la météo… Ou pire leur orgueil et tairons leurs mésaventure !!!

    Nous empruntons chaque jour le ciel aux seuls volatils à qui il appartient : Les oiseaux.
    Merci pour ce partage et pour l’enseignement que nous devons tous en tirer.

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  2. charrier

    Bonjour Fabrice,
    Quand tu dis que d’autres pilotes ne se remettent pas en cause, il faut savoir que les meilleurs pilotes sont ceux qui se remettent le plus en question. L’idéal étant de faire preuve d’humilité sans attendre qu’un évènement vienne nous rappeler que nous sommes fragiles. A contrario, il existe des profils de pilotes à risque parmi lesquels on va trouver : le je sais tout, le macho …
    Concernant cet événement, la démarche du pilote est en effet très constructive. Sa vidéo a été sans doute visionnée de nombreuses fois avec sa partie analyse (comme ici depuis hier avec près de 300 vues). Autant de pilotes qui seront amenés à se poser les bonnes questions dans une situation similaire. Maintenant, ceux qui en ont le plus besoin ne s’intéressent pas à ce genre de retour d’expérience (humour 😉 ).

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