LE BLOG, PILOTE PRIVE

Grosse frayeur en Ulm

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Voici un vol  » musclé  » vécu par Xavier. Il a 53 ans, et comme beaucoup de pilotes c’est un passionné d’aéronautique depuis sa plus tendre enfance : il habitait en bordure d’un terrain, fréquentait les meetings aériens, passait son temps libre à fabriquer des maquettes d’avions (encore un…). A 16 ans il commence le deltaplane « juste quelques séances, course et décollage sur le plat, c’était les débuts de ce sport ». Il quitte provisoirement le monde aérien pour d’autres activités sportives de haut niveau avant d’y revenir à la quarantaine. Depuis il n’a pas arrêté de voler, sur de nombreuses machines, avec de nombreux instructeurs, dont Bernard PONSOT. Voici son récit.

***

Il y a déjà quelques années, une journée chaude et ensoleillée me décidait à aller faire un petit vol en solo sur mon Ulm 3 axes SKYRANGER.

Arrivé sur les lieux en début d’après-midi, je sortis ma machine du hangar et me lançai dans le prévol : « Contrôle de la boulonnerie critique, commandes, charnières d’ailerons, etc. »

Je montai à bord, personne autour, contact… Le moteur tournait sans bruits particuliers. Radio (auto info) : « XX de Fox Juliette XXX, bonjour ! » « FJXXX Ulm SkyRanger au parking, je roule vers la 33 pour un vol local ». Arrivé au seuil, ACHEVER, contrôle visu, personne en base et en finale : « XX de FJXXX, je décolle ».

Gaz à fond, après une centaine de mètres, rotation, palier d’accélération et la machine s’éleva sans se faire prier. Soudain…!!! L’appareil tirait horriblement à gauche, manche en butée droite contre ma jambe… Rien à faire, la machine s’obstinait à virer ! Le temps de comprendre ce qui se passait, le point de non-retour était dépassé, je ne pouvais plus me reposer !

Pendant 10 à 20 secondes, je ne saurais pas être plus précis, car il est impossible dans ces moments d’avoir une notion de temps, j’ai vraiment fait n’importe quoi ! Cette régression tant entendue par les instructeurs, je l’ai vécue. On a l’impression de tenir un manche pour la première fois et ne savoir qu’en faire ! Pendant un très court instant, je me souviens m’être dit : « Ca y est, c’est aujourd’hui ! » Je devais être à une centaine de pieds d’altitude et mes pensées étaient brouillées : « Il faut piloter la machine, pour l’instant elle est encore en l’air ! »

Je regardais ma bille, coincée dans le coin droit ! « Le manche tire la bille, le pied pousse la bille… » J’avais l’impression que si je tirais le manche d’un petit centimètre à gauche, l’appareil allait se retourner, puisqu’il virait toujours à gauche avec une importante inclinaison… J’ai de suite mis du pied droit, la bille revenait vers son centre, mais mon vol était complètement glissé. Je volais en crabe et la situation s’était pour l’instant stabilisée. Je me souviens ne pas avoir regardé dehors, de peur de voir un aileron absent…! Je maintenais ma machine en vol comme je pouvais et faisais le tour de piste le plus court de ma vie de pilote, à, à peu près 200 pieds de hauteur.

Mon stress commençait à descendre, mes pensées devenaient sélectives et confuses. À présent, il fallait gérer l’atterrissage avec une position crabée à pratiquement 45° par rapport à l’axe longitudinal. J’ai effectué tous mes virages à gauche aux pieds, sans toucher au manche qui était toujours bloqué contre ma jambe droite. Il fallait que je pose ce p… de zingue coûte que coûte !

Je comptais glisser sur l’herbe en espérant que le train tienne… À l’arrondi, l’appareil s’est stabilisé droit tout seul, j’ai relâché petit à petit mon pied droit… Kiss landing !!! Freinage et roulage au parking. À ce moment précis, mes jambes se sont mises à trembler sans que je puisse rien faire, j’en avais mal aux muscles tellement c’était fort !

Contrôle machine dès la descente… Rien de visible, mes ailerons étaient bien présents ! J’ai appelé le constructeur qui m’a fait prendre quelques mesures : Vrille OK, Parallélisme plan avant et plan arrière OK. Rien de rien ! Tout était OK ! Puis il m’a demandé de retenir les ailerons avec l’aide de deux personnes et de bouger le manche. Le manche bougeait de gauche à droite jusqu’en butée et pas les ailerons !!!

Conclusion : Câbles de commande ailerons trop détendus (journée caniculaire). Pourtant mes ailerons bougeaient bien lors de l’ACHEVER ! En effet, sans vent relatif, les câbles, même très détendus, transmettent le mouvement aux ailerons. Mais dès le vent relatif sur ceux-ci, ils sont comme maintenus et le manche ne faisait que tendre les câbles ! J’AI VOLÉ SANS AILERONS !!! Le virage gauche était dû à mon poids…

J’ai revolé deux heures après cet incident, grosse appréhension avant la mise des gaz, mais j’étais préparé mentalement, au cas où… Si je ne l’avais pas fait, peut être que ce jour-là aurait été le dernier vol et j’aurais accroché ma licence au clou ! J’avais, à l’époque, une centaine d’heures de vol, depuis, la tension des câbles fait partie de mon ACHEVER !

***

Lorsqu’on analyse un évènement de sécurité on parle souvent des facteurs contributifs :  les erreurs, les dysfonctionnements de la machine, le mauvais temps… Prenons le bon côté des choses, dans ce vol ce sont la pugnacité du pilote et les qualités de la machine qui ont évité un accident.

Bons vols

Article précédemment publié en juillet 2011.

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