PILOTAGE

L’avion à train classique, un peu plus de vigilance

En quittant le CEV, un chef pilote rappelait que son souvenir le plus « marquant » avait été son premier vol sur un avion à train classique…

La découverte du pilotage d’un avion à train classique peut en effet être assez déroutante. Pas question d’oublier le palonnier au roulage, quant à l’atterrissage, la fenêtre de l’arrondi est particulièrement étroite.

Une question de centre de gravité

La différence vient essentiellement de la position du centre de gravité par rapport au train principal.

Sur un avion à train tricycle, le centre de gravité se trouve en avant du train principal. L’avion se comporte comme une valise à roulettes que l’on tire : il tend naturellement à rester dans l’axe.

Sur un avion à train classique, c’est le contraire, le centre de gravité est situé derrière le train principal. C’est comme vouloir pousser cette valise ; une configuration qui entraine une instabilité naturelle en lacet. Dès que l’avion commence à s’écarter de l’axe, l’écart à tendance à s’amplifier.

Cet effet est particulièrement sensible au roulage et après le toucher des roues, pendant la décélération. Mal maîtrisé, c’est le cheval de bois.

Une fenêtre d’arrondi plus étroite

Concernant l’arrondi, l’exigence est encore plus nette. Le pilote doit percevoir précisément l’évolution du couple vitesse/incidence. C’est un passage obligé pour éviter de décrocher ou de rebondir.

Sur un avion à train tricycle, le contact avec le sol entraine une assiette à piquer. L’incidence diminue, et donc la portance, l’avion va se plaquer au sol. Le pilote dispose donc d’une certaine marge au toucher.

Sur un avion à train classique, un toucher « trois points », impose un seul couple incidence/vitesse. Si l’avion touche avec un excès de vitesse, donc l’arrière de l’avion ne touchant pas le sol, le centre de gravité situé à l’arrière provoque une rotation en tangage à cabrer ; l’incidence augmente, la portance avec : c’est le rebond. Trop lent, il décroche !

Un pilotage exigeant, mais pas difficile

Ces avions présentent aussi un intérêt particulier pour la formation au pilotage. Beaucoup sont d’une autre époque et conservent des effets secondaires bien marqués. Ils permettent d’explorer directement les bases du pilotage. Certains ne sont pas équipés de volets. Quand ils en possèdent, ceux-ci ne génèrent pas toujours beaucoup de traînée. La maîtrise de la glissade, et plus largement de l’attaque oblique, devient alors indispensable, surtout lorsque les approches se font moteur réduit.

Exigeant ne veut pas dire difficile. Un avion à train classique requiert avant tout davantage de vigilance, notamment au roulage et à l’atterrissage.

Un apprentissage toujours intéressant

Un pilote formé sur avion à train classique pourra passer sur un avion tricycle sans appréhension particulière. L’inverse sera plus délicat.

Jean-Gabriel Charrier