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Les qualités de l’instructeur

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Commençons par quelques remarques d’un ancien élève :

J’ai plusieurs types d’instructeurs en tête :

Celui qui aimait piloter : les commandes se durcissaient, c’était mon pilote automatique en place droite qui corrigeait, pour que mon virage soit parfait. Ce type était très gentil, mais il ne me laissait jamais les commandes.

Celui qui disait tout ce qu’il faut faire (un peu de pied à droite, un peu plus de gaz, etc.). Il ne se taisait jamais, et impossible d’avoir une explication.

Celui qui était incompréhensible : pendant un vol de nuit, au cours de l’arrondi, j’ai entendu « Soit patient ». Je n’ai toujours pas compris ce qu’il voulait me dire.

Celui qui me disait : « Il était bien ton arrondi ». Mais je ne savais pas plus pourquoi mon arrondi était bien que pourquoi les autres n’étaient pas bien.

Celui qui, en montée initiale, me disait « On en était où ? « . Avec lui on montait tout de suite dans l’avion, sans l’ombre d’un briefing.

Ceux qui s’adressaient à moi comme un caporal chef, ce qui avait pour effet de me crisper.

Ceux qui violaient délibérément les règles (surcharge, extinction du transpondeur, basse hauteur).

Heureusement, j’ai volé avec un instructeur qui me donnait peu de consignes. Il me posait de temps en temps des questions (comment es-tu sur le plan ? ) calmement, sans me donner d’ordre, il suggérait, il me laissait faire, ce qui m’a permis de prendre confiance. On préparait minutieusement le contenu de la séance pendant les briefings, et une fois en vol il me laissait prendre conscience de mon environnement, sans m’imposer trop de contraintes qui m’auraient empêché de m’y consacrer.

Instruire nécessite des compétences techniques et pédagogiques, ainsi que des qualités humaines. Et effectivement cela entraîne différents mélanges, dont certains sont, plus ou moins bien vécus par les élèves, avec des résultats plus ou moins efficaces.

Instructeur, est-ce une qualification, une fonction, un métier, un sacerdoce ou un peu tout à la fois ? Il est vrai que ce sont les instructeurs les plus expérimentés qui laissent souvent les meilleurs souvenirs. Mais un instructeur débutant à l’écoute de son élève, motivé par ce qu’il fait sera capable de dispenser une instruction de qualité, plus efficace que celle exercée par un instructeur expérimenté mais peu motivé (évitons de penser à l’instructeur peu expérimenté et peu motivé …).

Les qualités de l’instructeur

Voici une synthèse des comportements recherchés chez les instructeurs :

  • La sécurité est ce qui prime avant tout chez lui
  • Il reste calme en toutes circonstances
  • Il s’implique dans la prévention des accidents
  • Il cherche à améliorer ses pratiques
  • Il admet ses erreurs
  • Il est cohérent, il ne dit pas une chose et en fait une autre
  • Il soigne son hygiène personnelle
  • Il agit avec professionnalisme
  • Il est sincère
  • Il s’exprime correctement, il évite d’utiliser un jargon incompréhensible
  • Il minimise les frustrations de son élève
  • Il motive son élève
  • Il tient son élève informé de sa progression
  • Il s’adapte à chacun de ses élèves
  • Il positive les pratiques de l’élève régulièrement
  • Il intervient constructivement, il fournit des explications sur l’origine des écarts
  • Il ne ridiculise jamais l’élève
  • Il respecte son élève en toute circonstance
  • Il n’en demande pas trop
  • Il ne juge son élève que sur son apprentissage
  • Il respecte les procédures et les règlements
  • Il sollicite son élève à chaque fois que c’est possible : pilotage, remarques, questionnement …
  • Il répond aux questions

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Quelques commentaires

La sécurité doit être logiquement la priorité de l’instructeur puisque c’est l’objectif primordial de l’instruction, et il va être amené à tutoyer certaines limites dans le cadre de ses démonstrations et de leurs restitutions. Il doit également surveiller en permanence les pratiques encore fragiles de son élève : reprise des commandes, anticollision …

L’instructeur est toujours un modèle pour son élève, surtout en formation basique. Ses pratiques doivent être exemplaires.

La vitesse de progression et le niveau de compétence final d’un même élève varieront en fonction de la façon dont l’enseignement sera dispensé. Frustré, stressé, bousculé par son instructeur, l’élève progressera difficilement. Soutenu, mis à l’aise, dans une relation constructive et de confiance, il sentira pousser ses ailes ! Cet aspect émotionnel dans la relation instructeur/élève est souvent négligé malgré son importance reconnue. Il faut d’un côté établir une relation de confiance et de l’autre « sanctionner » avec une note, un jugement. Il est indispensable que cette notation soit ressentie comme juste, même quand elle n’est pas flatteuse, et ce n’est pas toujours facile.

On retrouve le terme « professionnalisme » dans les différents modèles de conduite de l’instructeur. Cela signifie, exercer son activité avec une certaine éthique. Ce terme regroupe donc la plupart des items ci-dessus. Beaucoup d’instructeurs non professionnels font preuve de professionnalisme (il ne faut pas confondre professionnalisme qui traduit un comportement, avec la qualification professionnelle qui correspond à une reconnaissance administrative).

Le respect et l’écoute de son élève, nécessaires à un climat propice à l’apprentissage reviennent systématiquement. A contrario, le manque de considération pour son élève, et ce pourquoi il est là, n’augurent rien de très constructif.

Il existe une pédagogie qualifiée de « centrée élève ». On retrouve cette préoccupation dans les formations aéronautiques basées sur les compétences où le terme de coach est parfois utilisé pour décrire un des rôles de l’instructeur. Les qualités ou les comportement décrits peuvent correspondre à cette relation étroite entre l’élève et son instructeur, bien éloignée d’un quelconque rapport hiérarchique.

Il n’est pas fait état de la motivation de l’instructeur. Celle-ci est primordiale parce que le pilotage est complexe, toutes les ressources du stagiaire sont sollicitées en même temps. Décrire les écarts est nécessaire, mais trouver l’origine des écarts est moins aisé mais beaucoup plus constructif. Ce travail sur l’origine des écarts nécessite souvent un effort de réflexion, d’analyse, qui requiert … un minimum de motivation. Un instructeur motivé c’est une analyse de meilleure qualité. C’est également un élève qui, ressentant l’implication de son instructeur, sera d’autant plus enclin à bien faire. A l’écoute de son élève et en phase avec ses tâches, l’instructeur perçoit ses difficultés, sa charge de travail, ce qui lui permet de réguler au mieux la conduite de sa leçon.

Une des clés de la progression, c’est le temps d’apprentissage. Débutant, combien de temps l’élève a-t-il réellement piloté au cours de sa leçon ? Avec un instructeur ce sera 30 minutes et avec un autre 45 minutes. A l’issue de son apprentissage un élève aura effectué une centaine d’atterrissages, et un autre, avec le même nombre d’heures de vol, peut-être cent cinquante.

Terminons en évoquant un des rôles essentiel de l’instructeur qui est la construction de la confiance de son élève. C’est un état psychologique qui va faciliter son apprentissage, et qui lui permettra de faire face à certaines situations délicates avec efficacité. Il est très facile de casser la confiance en soi d’un élève, alors qu’il faut la construire.

Bons vols

Article précédemment publié en 2011.

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3 Comments

  1. Stephane

    Bonjour,

    faire évoluer les pratiques des instructeurs positivement ne me semblent pas si compliqué : il faudrait faire remplir une grille d’évaluation aux élèves en fin de cursus. Cette grille doit reprendre les éléments précédents et être présentée sous forme de qcm. Bien sûr, il est nécessaire d’assurer que les élèves puissent répondre en toute quiétude (pas avec l’instructeur dans leur dos).

    L’objectif n’est pas de sanctionner, évidemment, mais de permettre aux pilotes-inspecteurs de faire ressortir quelles sont les attentes de l’administration envers une instruction de qualité.

    Bref, un changement de mentalité et des pratiques plus professionnelles.

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  2. Bonjour,

    Voici un article bienvenu. Faire évoluer les pratiques est une chose. Cela se fait au fur et à mesure du renouvellement des générations d’instructeurs. Faire évoluer les individus implique qu’ils acceptent au préalable de se remettre en question. Ce qui n’est pas facile pour tout le monde.

    Parmi les qualités attendues d’un instructeur, je reformulerai et ajouterai 3 points.
    L’instructeur doit savoir mettre son élève en confiance, afin que celui-ci soit suffisamment à l’aise pour progresser à son rythme.
    Il doit donner envie de voler. C’est si important pour la fidélisation de nos pilotes.
    Il peut donc aussi transmettre sa passion. Pour cela il n’y a pas de méthode. Parlez de ce qui vous fait vibrer. C’est cette vibration que ressentiront vos élèves.
    Thierry Nauleau, instructeur de vol à voile.

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  3. @Admin

    Bonjour Thierry,

    Effectivement, je partage ton point de vue. La liste est une synthèse de plusieurs listes déjà existantes. Je n’y ai rien rajouté. C’est la raison pour laquelle je propose quelques qualités ou comportements recherchés à la fin ; à l’occasion j’étofferai cette liste.

    Jean Gabriel

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