STRESS

Les obstacles sont passés, je vois tout en noir et blanc

Spring thunderstorm clouds near Casper, Wyoming...

La perception des couleurs disparait sous l’effet d’un stress très intense. Les contours de couleur des instruments du pilote et notamment des cartes, comme l’EGPWS dans l’exemple ci-dessous, peuvent alors ne plus apparaître. Or, cette « cécité des couleurs » n’est pas prise en compte par certaines représentations instrumentales, alors que cette inhibition sélective des couleurs est connue depuis de nombreuses années par les psychologues ; le cas des feux rouges brûlés sous l’effet d’un stress important lié à cet effet n’est pas nouveau.

Dans le cas de l’accident de Cali (je cite), l’hypothèse que l’équipage n’auraient pas été en mesure de percevoir les couleurs de manière sélective pourrait être un facteur contributif supplémentaire du crash.

Voici l’illustration de deux perceptions de l’EGPWS. La deuxième pourrait ressembler à ce que voit un pilote confronté à un stress intense : les couleurs rouges et jaunes destinées à prévenir le pilote d’un danger proche disparaissent.

 

 

 

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Nous trouvons dans ces colonnes le récit d’un pilote qui confirme ce phénomène (article ici) :

Je sais intuitivement que je ne pourrais pas les passer (les arbres) si j’essaie de monter maintenant. Je tiens bon face à l’obstacle, puis je tire pour juste passer et décroche, je rends aussitôt la main et réaccélère, les obstacles sont passés. Je vois le monde en noir et blanc, tout est très clair, comme surexposé, j’ai mal aux genoux et je les sens trembler.

Et en voici un second, cette fois-ci en planeur (article ici) :

En mème temps, que je suis envahi par une sorte de torpeur, que je ne distingue plus les couleurs, et que je me sens m’enfermer sur moi même, je ressens ma tête tomber par une sorte de relachement musculaire. Mon regard est projeté vers le bas dans l’axe de mes genoux que je vois trembler comme dans une situation qui ne me concerne plus.

Un élément supplémentaire à verser au dossier, déjà très lourd, des nombreux effets négatifs du stress chez les pilotes.

Bons vols

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2 Comments

  1. jmalard

    Il se peut que la perte de perception des couleurs lors du stress soit une adaptation à l’action que, précisément, ce stress favorise. Le rouge est une couleur excitante, génératrice de stress. Il est probable qu’ à l’origine cela sert pour nous inciter à fuir à la vue du sang (le notre ou celui d’un tiers). Un fois enfermés dans l’action, le stimulus n’a plus d’utilité, voire peut nuire à la réalisation de cette action par la panique. Physiologiquement, notre vision est d’avantage axée sur la couleur et la précision au centre de la rétine, et d’avantage orientée vers la lumière (le « noir et blanc ») et le mouvement à la périphérie. Dans l’action, il est plus utile de percevoir mouvements et lumière que d’analyser finement couleur et définition. Notre cerveau, très probablement, altère donc l’analyse des images, en fait très imparfaites, que les yeux lui fournissent (tache aveugle, inhomogénéité de l’image, contours limités par les reliefs du visage (nez, orbite…)) et modifie notre perception pour l’adapter à la situation. De prédateur, nous devenons proie, en quelque sorte.
    Il est intéressant que des cinéastes comme S.Spielberg dans « La liste de Schindler » ou Q.Tarentino dans « Kill Bill » montrant des scènes violentes en diminuent le stress et majorent l’angoisse par l’usage du noir et blanc. L’angoisse ne succède-t-elle pas au stress ?

    JM Alard

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  2. JG CHARRIER

    Bonjour Jean Marie
    Dans ce que j’ai pu lire pour rédiger cet article, j’ai l’impression que nous pouvons comparer le processus de dégradation des performances du pilote sous stress comme celui d’un voile noir sous facteur de charge. Pour le voile noir il existe des étapes, à un moment tout se brouille visuellement, et ensuite tu ne vois plus rien, et surtout tu ne peux rien y faire (sauf agir sur l’incidence ! ). Je crois que sous un stress important c’est un peu pareil, après plusieurs étapes (intensités) le pilote rentre dans une grosse torpeur mental. Un autre pilote dans ce blog utilisait le terme gangue, il était dans une gangue, dans une espèce de glu qui lui scotchait les neurones. Comme sous facteur de charge ou tu pèses 4 ou 500 kg, ton cerveau sous stress devient lourd comme du plomb, de plus en plus lourd et de moins en moins exploitable, même pour la vision des couleurs. Bon, je ne suis pas un scientifique, ce ne sont que des sensations de pilote that’s all.
    Content de te lire Jean Marie
    Jean Gab

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