Air France 447 (2009) : après le givrage des sondes Pitot et la perte des indications de vitesse, l’équipage fait face à une dégradation des automatismes et à des alarmes multiples. Dans cette situation complexe, le pilote en fonction maintient des actions à cabrer sans percevoir le décrochage.
Eastern Air Lines 401 (1972) : focalisé sur une ampoule de train d’atterrissage défectueuse, l’équipage ne remarque pas le débrayage de l’autopilote. L’avion descend lentement jusqu’au crash.
Atlas Air 3591 (2019) : une accélération surprise dans les nuages déclenche chez le copilote une illusion sensorielle de cabrage extrême. Il pousse alors sur le manche jusqu’à l’impact.
Asiana Airlines 214 (2013) : les pilotes pensent que la vitesse est gérée automatiquement, alors que les moteurs sont au ralenti. L’avion arrive trop lentement et percute avant la piste.
Avion léger (1999) : de nuit, sans horizon visuel au-dessus de la mer, un pilote privé subit une désorientation spatiale totale et entre dans une spirale descendante sans en avoir conscience.
Il existe de nombreux facteurs qui contribuent aux événements de sécurité. Parmi eux, la perte de conscience de la situation revient très souvent. Elle est relevée dans une grande partie des accidents, souvent autour de 60 %, et parfois davantage selon les sources.
La conscience de la situation, c’est simplement savoir ce qui se passe, comprendre ce que cela signifie, et prévoir ce qui risque d’arriver.
Elle repose sur trois niveaux :
Percevoir : voir, entendre ou détecter les informations utiles.
Exemple : la vitesse chute, le cap dérive, la météo se dégrade.
Comprendre : donner du sens à ces informations.
Exemple : le moteur vibre ; est-ce normal, inquiétant, urgent ?
Anticiper : prévoir l’évolution de la situation.
Exemple : les nuages montent, le trafic augmente, le carburant diminue, il faut adapter le plan.
L’objectif est simple : l’écart entre ce que le pilote croit être la situation et la réalité doit rester le plus faible possible.
La machine
La conscience de la situation concerne d’abord l’avion :
le pilotage : vitesse, assiette, trajectoire, enveloppe de vol ;
la navigation : cap, route, position, destination ;
les systèmes : carburant, moteur, réservoirs, volets, train ;
les automatismes : pilote automatique, modes de navigation, guidage.
Plus l’avion est équipé, plus il faut surveiller ce que les systèmes font réellement. Un mode engagé ne signifie pas toujours que l’avion fait ce que le pilote croit.
L’environnement
Le pilote doit aussi situer son avion dans son environnement : relief, météo, trafic, espace aérien, lumière, distance, altitude, terrain, carburant restant.
La conscience de la situation sert alors de radar mental. Elle permet de conduire le vol, d’identifier les dangers et de garder un temps d’avance.
Décider
Une bonne conscience de la situation permet de prendre les bonnes décisions au bon moment.
Voir une masse sombre devant soi ne suffit pas. Il faut comprendre qu’il s’agit peut-être d’un grain, évaluer son évolution, puis décider rapidement : contourner, attendre, faire demi-tour ou se dérouter.
Quand la situation devient plus exigeante que les capacités disponibles, le pilote entre dans une zone à risque. Il peut alors subir le vol au lieu de le conduire.
Les principales menaces
Certaines situations favorisent fortement la perte de conscience de la situation. Une seule menace ne suffit pas toujours, mais quand plusieurs s’additionnent, le risque augmente vite.
La confusion
Se tromper de classe d’espace, de fréquence, de piste, de point de report ou de mode automatique.
Le manque de vigilance
Ne plus surveiller un paramètre important : vitesse, altitude, moteur, carburant, trajectoire.
La mauvaise utilisation d’un système
Mal régler un GPS, sélectionner le mauvais réservoir, mal comprendre un mode de pilotage automatique.
La violation d’une règle
Voler trop bas, trop près des nuages ou hors de ses limites crée une charge supplémentaire et réduit les marges.
Le changement de projet
Un déroutement, une météo imprévue ou une arrivée non préparée peuvent rapidement désorganiser le vol.
L’ambiguïté
Deux informations se contredisent : GPS, carte, radio, météo, instruments. Il faut alors lever le doute.
La divergence
Le contrôleur, le pilote ou l’équipage ne poursuivent pas exactement le même objectif. Cela peut créer une perte de repères.
La focalisation
Le pilote se concentre sur un détail : GPS, panne mineure, radio, voyant, réglage. Pendant ce temps, il ne surveille plus le reste.
À retenir
La conscience de la situation, c’est savoir ce qui se passe, comprendre ce que cela veut dire, et prévoir ce qui va arriver.
Elle dépend d’abord de la perception. Si l’information utile n’est pas vue, entendue ou détectée, le reste du raisonnement devient fragile.
Elle permet de garder un temps d’avance, d’éviter les pièges et de décider avant que la situation ne se referme.
Les pertes de conscience de la situation viennent souvent de menaces simples : confusion, manque de vigilance, mauvaise utilisation d’un système, changement de plan, ambiguïté ou focalisation.
Quand plusieurs de ces menaces apparaissent en même temps, il faut ralentir, clarifier, revenir aux priorités et reprendre la conduite du vol.
Bons vols
Jean-Gabriel Charrier





Merci pour la mention! Je suis heureux de ce partenariat
La conscience de la situation releve d’abord du “savoir être” . La savoir faire et le savoir les deux autres piliers de la compétence sont facilement “normables” et “enseignables”. la conscience de la situation n’est pas “enseignable”. Comment expliquer qu’un cumulonimbue a 80 nautiques dans la direction opposée a notre route est dangereux alors que notre route nous en éloigne ?
Voilà le défi de cette matière . La conscience de la situation se développe en écoutant les autres pilotes raconter les “histoires” et en se posant la question et si moi demain je vois en vol des éléments évoqués dans ces histoires “parfois un peu lourdingues” qu’est ce que je ferai ?
Mental pilote est un outils précieux pour ça : faites le découvrir a tout le monde vous participerez a la conscience de la situation de chacun .
Bons vols 2014 et bonne année