
” Lorsque je reviens vers l’avion pour le vol retour, je constate que les organismes ATS comme le bureau météo sont fermés et j’apprends par des membres de l’aéroclub que le carburant est délivré par les pompiers de l’aéroport. Ayant trouvé le bâtiment SSIS fermé, je décolle pour effectuer une escale de ravitaillement sur un aérodrome pour lequel la carte VAC indique : paiement par carte H 24.
L’aérodrome de ravitaillement est couvert de stratus et l’atterrissage y est impossible. Je décide alors de faire un bilan carburant précis, en calculant d’abord la consommation horaire de l’avion d’après les vols précédents notés sur le carnet de route, et en appliquant cette consommation aux vols du jour. Ce qui me conduit à penser que la réserve est suffisante pour terminer le vol.
A quelques dizaines de kilomètres de l’arrivée l’alarme bas niveau de carburant s’active. Je vérifie mes calculs, et poursuit le vol. Après l’atterrissage sur l’aérodrome d’arrivée, un plein de carburant est réalisé. Il s’avère que l’autonomie restante était inférieure à dix minutes de vol.
Nous étions attendus. Je pense que cet élément m’a poussé à accorder plus de crédit aux calculs et même à mettre en doute la pertinence du déclenchement de l’alarme bas niveau. A ce moment un déroutement était encore possible mais ensuite la prise de conscience d’un risque fort, à mi chemin de la destination et du déroutement à été trop tardive, il ne restait plus qu’à compter sur ma bonne étoile. “
Quelques éléments de réflexion
Le pilote, après le vol, a bien identifié ce qui l’a poussé à poursuivre vers la destination plutôt qu’à se dérouter : « Nous étions attendus ».
Cette attente crée une pression. En aviation, cette pression sociale ou personnelle est un piège classique. Elle peut conduire à chercher les éléments qui permettent de poursuivre, plutôt que ceux qui imposeraient d’interrompre le plan prévu.
C’est ici que le biais apparaît : le calcul carburant devient rassurant, alors qu’un signal important dit l’inverse. L’alarme bas niveau carburant aurait dû être considérée comme une barrière forte. Or le pilote indique qu’il en a douté.
Tous les doutes ne se valent pas. Un doute sur le carburant restant peut entraîner une situation critique.
Dans ce cas, la règle doit rester simple : un doute carburant se lève immédiatement. S’il ne peut pas être levé, on se déroute tant que l’option existe encore (mesure conservatoire).
L’événement rappelle aussi l’importance de la préparation : carburant disponible, horaires des services, moyens de paiement, météo du terrain de ravitaillement.
Pris séparément, ces éléments pourraient être considérés comme les aléas du vol. Additionnés, ils réduisent fortement les marges.
Ce piège n’a rien d’exceptionnel : il se construit par petites concessions successives, jusqu’au moment où il ne reste presque plus d’options.
.Bons vols
Jean-Gabriel Charrier



