AIRMANSHIP, TOP 10

Le professionnalisme n’est pas une question de licence

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Dans mon aéro-club, deux passionnés venaient régulièrement avec leur Cri-Cri de construction amateur. De temps en temps, ils prêtaient leur petit bimoteur à des pilotes de passage. Parmi eux, des pilotes privés triés sur le volet, mais aussi de grands professionnels. Je me souviens ainsi avoir assisté aux briefings de Jacques Billy et de Jean-Loup Chrétien, alors pilotes d’essai.

C’est là que j’ai remarqué un phénomène curieux : les briefings des pilotes professionnels duraient beaucoup plus longtemps que ceux des privés, pourtant moins expérimentés.

Pourtant, les instructeurs ne décidaient pas d’en faire une version longue. Alors, d’où venait la différence ? Elle se résumait en deux mots : « Et si… ? »

Anticiper l’invisible

« Et si un moteur coupe ? Et si je dois remettre les gaz ? »

Là où le pilote privé écoute passivement, le pro bombarde de questions. Se poser la question « Et si… ? », c’est chercher à percevoir les grains de sable invisibles au premier abord, mais dont la probabilité n’est pas nulle.

En phase de préparation, ce réflexe pousse à chercher l’info manquante ou à ajouter quelques litres de carburant. En vol, il permet de se préparer mentalement. Si vous décollez en sachant que le temps peut se gâter, avoir anticipé le « Et si je me déroutais ? » pourra vous éviter une tunnelisation mentale le moment venu.

Déjouer les pièges 

Les incidents sont rarement le fruit d’une cause unique. Ils naissent d’une multitude d’aléas qui se combinent dans le mauvais sens. Le « Et si… » est l’outil idéal pour briser cette chaîne de l’erreur. Il y avait également des : pourquoi et des comment.

Vous partez en navigation avec le carburant réglementaire ? Et si le vent de face est plus fort que prévu ? Et si un avion en panne bloque la piste à destination ?

Les impondérables n’en sont souvent pas. Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler de nos propres vols qui se sont terminés par un : « Si j’avais su… » !

Traquer activement les menaces et imaginer comment les choses pourraient mal tourner, ce n’est pas de l’anxiété. En aviation, c’est la définition même de la vigilance et de l’expertise.

La bonne nouvelle, c’est que le professionnalisme ne dépend pas de la couleur de votre licence. Même sous régime d’un simple PPL, vous pouvez adopter cette posture mentale.

Avant votre prochain décollage, posez-vous la question.

Jean-Gabriel Charrier

Bons vols !

One Comment

  1. Thierry botrel

    je me souvient de mon premier vol en CriCri des Laurents à Rennes avec une panne d’un moteur en finale.
    comme on disait à l’époque avec le cricri tu ne te pose pas au milieu de la piste mais au milieu de la bande blanche !
    heureusement en ce temps la on était entrainé aux approches moteur coupé (45° en étape de base) et pas aux longues finales sur le plan ILS.
    Il y a lieu aussi de s’alarmer des savoirs qui se perdent (glissade, opposition de fuselage, PTU glissée)
    sous pretexe que les planeurse et avions modernes ne supportent pas (ce qui est faux mon ASH glisse très bien tous comme mes anciens cirrus phoebus ventus et ASW22).
    ça m’a sauvé la journée plus d’une paire de fois (panne de moteur en D112, blocage d’AF en cirrus et en Bij).
    c’est meme indispensable aux vaches avec des planeurs dépourvus d’AF comme le fauconnet

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